L’image du chef du Sinn Fein (nationalistes irlandais) Gerry Adams arpentant le 10 Downing Street pour des pourparlers avec le premier ministre britannique a eu le même effet qu’une sonnerie de réveil chez la plupart des Britanniques. La rencontre historique du 11 décembre 1997 avec Tony Blair a marqué la fin d’un long périple personnel de M. Adams et un changement significatif dans la perception en Grande-Bretagne de l’aile politique de l’IRA (Armée républicaine irlandaise). Ce jour-là, c’était la première fois depuis la partition de l’Irlande, 76 ans auparavant, qu’un dirigeant nationaliste irlandais franchissait le seuil du bâtiment abritant le siège du gouvernement britannique. L’événement symbolisait également l’acceptation par l’ensemble de la classe politique de ce parti en tant qu’interlocuteur dans le cadre d’un processus démocratique de règlement du problème nord-irlandais. Adams y est retourné depuis cette date à deux reprises et il est désormais aussi familier sur les petits écrans britanniques que son rival David Trimble, qui est à la tête des Unionistes protestants (loyaux à la couronne). Il y a quatre ans, le Sinn Fein et son chef étaient considérés comme des partisans du terrorisme et il était interdit de diffuser la voix de M. Adams en Grande-Bretagne. Ce sont des acteurs qui ont ainsi exprimé ses «regrets» après des actions meurtrières de l’IRA, dont l’attentat à la bombe perpétré en 1993 à Warrington (nord de l’Angleterre) dans lequel ont été mortellement blessés deux jeunes garçons et à l’origine en Grande-Bretagne et en Irlande d’une vague de dénonciation de la violence. Des racines culturelles Tout a changé avec le cessez-le-feu décrété par l’IRA en août 1994. Ce fut, en effet, le signal du démarrage de l’actuel processus en vue d’aboutir à un accord de paix en Irlande du Nord où le conflit a fait 3.200 morts depuis 1969, le Sinn Fein pouvant dès lors s’intégrer aux principales négociations politiques sur le futur de la province. Le Sinn Fein («Nous seuls»), fondé en 1900 par Arthur Griffith, n’était à l’origine ni une formation politique, ni un mouvement violent, mais avait ses racines dans la renaissance culturelle irlandaise de la fin du 19e siècle. Il se caractérisait pour l’essentiel par un rejet de tout ce qui était britannique et par la volonté, au contraire, de promouvoir tout ce qui était irlandais, à commencer par la langue gaélique. Doté d’une organisation politique en 1905, le Sinn Fein a été très marginal jusqu’à la Première Guerre mondiale et la répression en 1916 par l’armée britannique de la rébellion qui couvait en Irlande. Son action politique n’a véritablement débuté que deux ans plus tard, sous l’impulsion de son chef Eamon de Valera. Les brutalités britanniques ont alors renforcé le poids du Sinn Fein, mais la partition de 1921, avec la création d’un Etat libre dans le sud de l’île, a satisfait de nombreux Irlandais, reléguant le mouvement au second plan. Il faudra attendre 1969 pour qu’il occupe à nouveau les devants de la scène, avec la séparation des républicains irlandais en une aile politique (le Sinn Fein) et une aile armée (l’IRA). En 1983, M. Adams entre au Parlement britannique et devient chef du Sinn Fein. Si l’objectif demeure l’avènement d’une «Irlande unifiée», le mouvement est désormais davantage prêt à un compromis pragmatique avec les protestants, tandis que Londres et Dublin espèrent un accord historique entre les protagonistes d’ici fin avril. Le compromis entre protestants et catholiques porterait sur une formule d’autonomie en Irlande du Nord qui maintiendrait clairement le lien avec la Grande-Bretagne tout en accordant pour la première fois un droit de regard à Dublin. (AFP)
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