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Actualités - Chronologie

Un accusé combatif en plein d'assurance

Rarement un accusé aura été si peu impressionné par le cérémonial de la Cour d’assises que ne l’a été Maurice Papon: mis en liberté à l’aube de son procès-fleuve, il a pris depuis d’autres libertés, celles de moucher un procureur, d’interrompre une plaidoirie ou de quitter son box quand «c’en est trop». Le plus souvent calé au fond de son grand fauteuil comme s’il était encore dans son bureau à la préfecture, Papon a gardé, malgré la terrible incrimination pesant contre lui, la tête haute, grâce notamment à une étonnante vivacité intellectuelle pour un homme de 87 ans. Toujours impeccable dans ses costumes sombres, il est apparu d’une déférence sans faille vis-à-vis de la cour, mais d’une condescendance voire d’un mépris à peine déguisé face à tous les autres. Seul le décès de son épouse, le 25 mars, a peut-être pu laisser transparaître une certaine fragilité. «Repentance» Si l’homme manie le verbe avec aisance, il sait aussi parler cru quand cela l’arrange: les Allemands sont «les Boches», l’acte d’accusation «un panier percé dans lequel il ne reste plus que des épluchures» et son dossier de résistant n’est que «sombre pagaille». Au-delà de l’ironie grinçante qui affleure souvent dans ses interventions, et de ses élans de colère — comme lorsqu’il crie à un avocat en plein milieu de sa plaidoirie: «C’est vous qui êtes le menteur» — il n’a guère laissé transparaître le fond de sa personnalité qui reste, d’une certaine manière, un mystère. Ses amis ont salué «la grande intelligence, l’humanisme, l’autorité naturelle» d’un homme que ses adversaires ont décrit, a contrario, comme «froid, insensible, sans état d’âme, peu perméable à l’émotion, lâche et menteur». On peut regretter à cet égard le refus de la cour de saisir ses journaux intimes de l’époque, qui auraient peut-être permis de savoir ce qu’il pensait tandis que des centaines de juifs partaient en déportation. Car ses commentaires d’aujourd’hui sur ces «malheureux juifs» ont souvent sonné creux. Rien de surprenant alors qu’un tel homme, qui se dit «pudique», soit surtout à son aise quand il reprend l’uniforme du haut fonctionnaire. Documents en main, il commente, détaille, explique, rationalise: sens de l’Etat, souci du service public, obéissance aux supérieurs sont ses leitmotivs. Délégation de signatures, régularisation administrative, répartition des compétences sont ses rengaines. Jusqu’au bout de son procès, il aura montré une combativité hors du commun. Après l’examen de chaque convoi, de chaque volet du dossier, il synthétise les éléments de sa défense, méthodiquement préparés la veille avec ses avocats, il dénonce les contradictions des témoins, stigmatise les faiblesses de l’accusation. Après seize ans d’entraves judiciaires, ce procès était devenu possible dans la dynamique de la repentance exprimée en 1995 par le président Jacques Chirac, qui a le premier reconnu la responsabilité française dans les déportations. Papon, qui a poursuivi après guerre une brillante carrière, notamment comme préfet de police de Paris lors de la répression sanglante de manifestations liées à la guerre d’indépendance de l’Algérie, avait été rattrapé par son passé par des révélations de presse en 1981, alors qu’il était ministre du Budget du président Valéry Giscard d’Estaing. (AFP)
Rarement un accusé aura été si peu impressionné par le cérémonial de la Cour d’assises que ne l’a été Maurice Papon: mis en liberté à l’aube de son procès-fleuve, il a pris depuis d’autres libertés, celles de moucher un procureur, d’interrompre une plaidoirie ou de quitter son box quand «c’en est trop». Le plus souvent calé au fond de son grand fauteuil comme s’il était encore dans son bureau à la préfecture, Papon a gardé, malgré la terrible incrimination pesant contre lui, la tête haute, grâce notamment à une étonnante vivacité intellectuelle pour un homme de 87 ans. Toujours impeccable dans ses costumes sombres, il est apparu d’une déférence sans faille vis-à-vis de la cour, mais d’une condescendance voire d’un mépris à peine déguisé face à tous les autres. Seul le décès de son...