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Actualités - Chronologie

Les irréductibles grecs de Rizokarpasso

Les vieux Chypriotes-grecs de Rizokarpasso (Dipkarpaz), à la pointe nord-est de Chypre, s’accrochent au passé, attablés à une terrasse de leur café, sur la place du village. «Chaque jour, nos attendons», explique Stavros Chrisostomos, 75 ans. La canne pointée sur le café turc, de l’autre côté de la place, il ajoute: «Nous attendons qu’ils s’en aillent, et eux, ils attendent que nous partions». Cela fait 24 ans que Chrisostomos et ses amis attendent, depuis que l’invasion du nord de l’île par l’armée turque, en 1974, a isolé le village du reste des Chypriotes-grecs qui se sont réfugiés dans la partie sud de l’île. Lorsqu’un accord a permis leur évacuation un an plus tard, quelques centaines de Chypriotes-grecs de Rizokarpasso ont décidé de rester. Ils ne sont plus aujourd’hui que 327 irréductibles, placés sous la protection de l’ONU dans ce village isolé du bout de la presqu’île du Karpass. Chaque mercredi, des Casques bleus de l’ONU livrent aux «enclavés» chypriotes-grecs des produits d’épicerie, parfois des vêtements ou des chaussures. Les Chypriotes-grecs ont leur école, qui compte 34 élèves et trois professeurs, et leur église, animée par un prêtre. Mais à côté des vieux Chypriotes-grecs attablés au «kafeneon» typiquement grec, la vie continue. Le muezzin appelle à la prière du haut du minaret d’une mosquée flambant neuve qui domine la vieille église orthodoxe. Depuis 1974, Rizokarpasso s’est progressivement repeuplé avec l’arrivée de colons turcs qui représentent aujourd’hui la majorité des 1.750 habitants de la localité. «Il y a même une famille de colons qui s’est installée dans la maison de mon père», déplore M. Chrisostomos. «Je n’y suis pas allé depuis des années, je ne veux pas les voir», ajoute-t-il. Le vieil homme, qui vit parmi les Turcs depuis près d’un quart de siècle, ne parle pas un mot de turc. «Je ne veux pas le parler, je ne veux même pas l’entendre», lance-t-il. Les commerçant du village se sont adaptés à ces clients récalcitrants en apprenant suffisamment de grec pour les servir. «Nous n’avons pas de problèmes avec les Grecs» mais il n’est pas question que les Turcs partent, déclare le maire du village Arif Ozbayrak, lui-même colon turc. «Je suis venu ici avec mes parents lorsque j’avait 16 ans», se souvient M. Ozbayrak. «Aujourd’hui, j’ai 38 ans, j’ai ici une maison, un métier, une famille. C’est chez moi», ajoute-t-il. Mais d’autres immigrants ont été découragés par l’isolement de la partie nord de l’île depuis l’auto-proclamation en 1983 de la République Turque de Chyptre du Nord (RTCN), reconnue seulement par Ankara. «Quel est l’intérêt d’un pays si on ne peut pas y vivre?», s’interroge Kadir Aslan qui se prépare à rentrer en Turquie avec sa famille après avoir passé 24 ans dans le nord de Chypre. Les journaux n’atteignent pas ce village reculé et ni les Chypriotes-grecs ni les Turcs ne s’intéressent aux négociations d’adhésion de Chypre à l’Union Européenne, qui commencent lundi. Ils pourraient regarder la télévision, mais ils ont cessé il y a bien longtemps d’espérer que la diplomatie puisse avoir un impact sur leur existence. (AFP)
Les vieux Chypriotes-grecs de Rizokarpasso (Dipkarpaz), à la pointe nord-est de Chypre, s’accrochent au passé, attablés à une terrasse de leur café, sur la place du village. «Chaque jour, nos attendons», explique Stavros Chrisostomos, 75 ans. La canne pointée sur le café turc, de l’autre côté de la place, il ajoute: «Nous attendons qu’ils s’en aillent, et eux, ils attendent que nous partions». Cela fait 24 ans que Chrisostomos et ses amis attendent, depuis que l’invasion du nord de l’île par l’armée turque, en 1974, a isolé le village du reste des Chypriotes-grecs qui se sont réfugiés dans la partie sud de l’île. Lorsqu’un accord a permis leur évacuation un an plus tard, quelques centaines de Chypriotes-grecs de Rizokarpasso ont décidé de rester. Ils ne sont plus aujourd’hui que 327...