Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

Le géant polonais est pressé d'adhérer à l'UE

l Les négociations sur l’adhésion à l’Union européenne commencent aujourd’hui à Bruxelles avec six pays, dont la Pologne, qui figure en tête du peloton, loin devant d’anciens membres du bloc de l’Est comme la Slovénie et l’Estonie. l Egalement sur les rangs: la République tchèque, dont la place au sein de l’Union semblait acquise avant les orages qui ont déferlé l’an dernier, emportant le gouvernement et, du même coup, une stabilité monétaire que tout le monde lui enviait. l A l’autre bout de la carte, les Chypriotes-turcs sont amers. Plus que la pauvreté qui les frappe, ils craignent la Grèce, enfant chéri avec la partie grecque de l’île, de l’UE, à les en croire. l Pendant ce temps, l’Alliance atlantique est lancée depuis quelques semaines dans une vaste entreprise d’introspection, à l’aube du XXIe siècle, maintenant qu’a disparu sa raison d’être originelle: le danger venu du froid. Le plus grand, le plus peuplé et le plus rural des six pays qui seront invités aujourd’hui mardi à entamer des négociations d’adhésion à l’Union européenne est pressé, malgré le casse-tête que représente son intégration. «Nous nous attendons à être des membres à part entière de l’UE en 2002 et je pense que 2003 est la date ultime», a déclaré le premier ministre, Jerzy Buzek, apparemment sûr de son fait. Alors que la Slovénie et l’Estonie, dont l’adhésion devrait se faire sans trop de problèmes, jugent ces échéances optimistes, Varsovie se veut donc volontariste. Or, la Pologne est, à tous points de vues, le géant des six pays du peloton de tête des négociations d’élargissement, avec ses 39 millions d’habitants, plus que les cinq autres réunis. L’impressionnante ambassade auprès de l’UE qu’elle vient d’achever de construire à Bruxelles, le long de la prestigieuse avenue de Tervueren, est le symbole de son ambition: le bâtiment est à l’image de ceux dont disposent les autres «grands» de l’Union, comme l’Allemagne et la France. Mais l’intégration d’un tel géant ne sera pas aisée. Elle ne le sera ni pour les Quinze, qui doivent s’attendre à une lourde facture pour restructurer l’économie du pays, mais comptent imposer de longues périodes de transition avant de lui offrir le plein bénéfice des politiques européennes. Elle ne le sera pas plus pour la Pologne, qui connaîtra un véritable exode rural en même temps que son industrie lourde sera laminée par la concurrence, raison de plus pour refuser de longues périodes de transition, notamment en agriculture. «Nous tenterons de faire accepter par l’UE que notre pays doit obtenir un plein soutien financier», a déclaré le ministre de l’Intégration, Richard Czarnecki. «Nous ne voulons pas être un membre de seconde classe». Casse-tête agricole L’obstacle le plus important est le secteur agricole. La Pologne compte 2,5 millions d’exploitations, la plupart petites, un chiffre à comparer aux 7,5 millions d’exploitants des Quinze. Elles font travailler 25% de la population active mais contribuent seulement à 6% du Produit intérieur brut (PIB). «Cela justifie des changements draconiens dans un proche avenir», déclare Michel Débatisse, de la Banque mondiale. Varsovie reconnaît qu’à peine un tiers des fermes polonaises sont rentables et le gouvernement, constitué en octobre entre Solidarité et le parti paysan, prépare le changement. Des alternatives à l’agriculture seront proposées aux exploitations non viables grâce à des incitations fiscales. Pour celles qui ont un avenir, le gouvernement prévoit d’aider les investissements et d’encourager la qualité des produits, tout en mettant en place des réformes d’infrastructure et des circuits de commercialisation. Les fermes polonaises ont besoin d’une telle modernisation, comme le démontre l’embargo imposé par l’UE sur leurs produits laitiers en raison de leur mauvaise qualité. Mais comme elle l’a fait pour l’Espagne, l’UE envisage d’imposer des périodes de transition très longues allant jusqu’à 10 ans avant d’appliquer les mécanismes de la Politique agricole commune (PAC) à la Pologne, ce dont Varsovie ne veut pas. «Cela serait refusé par référendum», souligne le ministre de l’Agriculture, Jacek Janiszewski. Témoin de cette méfiance des milieux ruraux, à peine un quart des agriculteurs polonais sont favorables à l’entrée de leur pays dans l’Union, contre 64% pour l’ensemble de la population, selon un sondage publié par un institut indépendant. La Pologne devra aussi accélérer les réformes économiques. Pertes d’emplois Certes, elle obtiendra l’aide structurelle de l’UE, qui s’élèvera à 45 milliards d’écus pour les six pays de 2000 à 2006, afin de s’adapter au défi. Mais Jan Kulakowski, le chef de l’équipe polonaise de négociation, a exhorté ses compatriotes à ne compter que sur eux-mêmes pour y parvenir. Des dizaines de milliers d’emplois seront donc perdus dans les secteurs subventionnés du charbon et de l’acier, où les réformes ont été freinées ces quatre dernières années pendant le règne des ex-communistes alliés au parti paysan. La protection du secteur de l’acier doit bientôt prendre fin, des privatisations importantes sont prévues, le système de retraite doit être revu de fond en comble et l’administration subira d’importantes pertes d’effectifs. Le nettoyage de la Silésie, une région extrêmement polluée, coûtera énormément d’argent à l’Etat polonais. Toutes ces réformes devront se faire sans affecter la croissance économique — elle doit rester supérieure à 5% l’an pour éviter l’aggravation des problèmes — et tout en matant l’inflation, qui s’est élevée l’an dernier à 13,2%. L’ampleur des changements à mettre en œuvre a déjà conduit à des tensions entre le ministre des Finances, Lesezk Balcerowicz, et les ministres qui veulent financer les réformes. Malgré ces difficultés, la Pologne envisage de faire partie de l’euro, et du traité de Maastricht, avant 2010. Des dossiers séparés seront également délicats à résoudre. L’Allemagne, qui craint un afflux de travailleurs polonais, veut à tout prix imposer une longue période de transition avant de leur accorder la libre-circulation, ce que Varsovie rejette. Les Quinze veulent également que la Pologne montre plus de détermination dans sa lutte contre le crime et le trafic de drogue en provenance de sa frontière orientale. De son côté, la Pologne veut empêcher que les citoyens de l’Union européenne achètent ses terres bon marché. «Nous devons être conscients que la tâche qui nous attend ne peut être comparée à aucun des élargissements précédents de l’Union», a déclaré Jan Kulakowski. (Reuters)
l Les négociations sur l’adhésion à l’Union européenne commencent aujourd’hui à Bruxelles avec six pays, dont la Pologne, qui figure en tête du peloton, loin devant d’anciens membres du bloc de l’Est comme la Slovénie et l’Estonie. l Egalement sur les rangs: la République tchèque, dont la place au sein de l’Union semblait acquise avant les orages qui ont déferlé l’an dernier, emportant le gouvernement et, du même coup, une stabilité monétaire que tout le monde lui enviait. l A l’autre bout de la carte, les Chypriotes-turcs sont amers. Plus que la pauvreté qui les frappe, ils craignent la Grèce, enfant chéri avec la partie grecque de l’île, de l’UE, à les en croire. l Pendant ce temps, l’Alliance atlantique est lancée depuis quelques semaines dans une vaste entreprise d’introspection, à...