Avec la poursuite de sa course effrénée vers les sommets, la bourse de Paris a franchi cette semaine le cap des 3.700 points pour afficher un gain de 1.000 points en un an (+37%). Une petite pause observée mercredi a empêché la bourse de réaliser le grand chelem qui lui aurait permis d’inscrire cinq records consécutifs à la clôture. Le bilan de la semaine est encore très brillant avec un gain de 4,2% et un CAC 40 qui franchissait vendredi en cours de séance les 3.700 points. Depuis le début de la liquidation de mars (début 23 février), les valeurs ont progressé de 13% et depuis le début de l’année de 23%. Toutes les places financières occidentales ont encore réalisé des exploits cette semaine, franchissant des seuils psychologiques: le DAX à Francfort a dépassé les 5.000 points, le Footsie à Londres celui des 6.000 points. Wall Street qui ne cesse de progresser depuis sept ans a passé sans encombre la barre des 8.800 points. Cette cavalcade des marchés pousse les analystes les plus prudents à relever leurs prévisions. Abby Joseph Cohen, l’analyste très écouté de Goldman Sachs, compte à présent sur un Dow Jones à 9.300 points pour la fin de l’année, après une première estimation formulée en janvier à 8.700 points. Ralph Acampora, analyste de Prudential Securities, est encore plus optimiste, tablant sur un Dow Jones à 10.000 points à fin 1998. Et les experts de Paine Webber estiment que la bourse américaine a encore entre 10 et 15 belles années devant elle. Aux Etats-Unis, les gestionnaires de fonds de pension submergés par les liquidités cherchent à diversifier leurs placements en Europe, l’Asie étant en panne en raison de la crise financière déclenchée à l’été dernier. Les pays européens créent ou vont créer des fonds de pension afin d’étoffer les revenus des retraités de l’an 2000. Dominique Strauss-Kahn, ministre de l’Economie, compte lancer ces produits à la fin de l’année. Dans la perspective de l’euro, les entreprises cherchent à atteindre une taille critique, multipliant ainsi les fusions et acquisitions au grand avantage des actionnaires. L’avènement de l’euro implique par ailleurs une politique économique d’austérité qui va se traduire par un maintien des taux d’intérêt à des niveaux très bas, expliquent les économistes. Encore un bon point pour les actions. La détente des taux mais aussi la fermeté du dollar continuent à jouer en faveur des actions, note la Société Générale. «Quant à la crise asiatique, c’est pour l’instant davantage par des effets de prix que par des effets de volume qu’elle agit, de sorte qu’elle intervient à certains égards à point nommé», note Véronique Riches-Flores de la Société Générale. La baisse des cours des matières premières — le pétrole brut est tombé à 12 dollars — comme celle des prix des biens échangés a permis que s’enclenche une mécanique désinflationniste puissante, ajoute cette spécialiste. En Europe, le cycle de croissance économique ne fait que commencer alors qu’aux Etats-Unis un atterrissage en douceur est envisagé. Selon l’INSEE, la production dans les industries des principaux pays européens est en hausse sauf en Belgique et au Royaume-Uni. Les chefs d’entreprise interrogés par la Banque de France sont optimistes pour les prochains mois. Le taux d’utilisation des capacités de production a atteint le mois dernier son plus haut niveau depuis sept ans, une tendance favorable à l’investissement. Les résultats 97 et les perspectives 98 des entreprises reflètent cet optimisme. Quelques valeurs comme France Telecom, Michelin ou Canal+ dont les résultats ont déçu les analystes, ont été sévèrement sanctionnées cette semaine. Bernard Esambert, banquier qui vient de proposer un projet de loi permettant aux entreprises de racheter 10% de leurs actions, commence à s’inquiéter de la pénurie de capital investi en actions en France. Cette pénurie est partiellement comblée par l’afflux «bénéfique à court terme» mais «dangereux à long terme» des fonds de pension étrangers, indiquait au quotidien le Monde M. Esambert. Il milite donc pour la création rapide de fonds de pension.(AFP)
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