Le Congrès américain se veut du côté des opprimés dans le combat contre les persécutions religieuses dans le monde, mais s’inquiète des retombées négatives qu’une mise à l’index de certains pays aurait sur la politique étrangère des Etats-Unis. Chine, Birmanie, Cuba, Iran, Pakistan, Arabie Séoudite, Soudan, Laos figurent au premier rang des pays touchés par une proposition de loi, débattue par la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants et qui vise à imposer des sanctions économiques et commerciales contre les pays coupables de persécutions religieuses. «Les tyrans n’entendent que la force», a lancé Chris Smith, représentant républicain et l’un des plus chauds partisans de la proposition qui créerait notamment un bureau «pour la surveillance des persécutions religieuses» au sein du département d’Etat pour déterminer quels pays doivent être sanctionnés. Cette loi viserait à signaler «aux gouvernements répressifs que la poursuite de la persécution religieuse ne sera pas sans réponse», a affirmé le président de la commission Benjamin Gilman. «Les chrétiens persécutés en Corée du Nord, à Cuba, au Vietnam, en Chine, en Indonésie, au Soudan et dans d’autres nations seront encouragés» par une telle loi, a-t-il ajouté. Le sous-secrétaire d’Etat américain Stuart Eizenstat, appelé à témoigner au nom du gouvernement de Bill Clinton, a toutefois affirmé qu’une telle loi représenterait «le pire exemple d’une politique unique censée répondre à tous les cas de figure». Une telle loi «causerait le chaos dans notre politique étrangère et serait contre-productive aux efforts pour protéger les groupes» persécutés, a-t-il affirmé. La proposition de loi prévoit que le président des Etats-Unis, au nom de la sécurité nationale, puisse exempter certains pays des sanctions requises par le directeur du bureau de surveillance pour punir les contrevenants. Mais la désignation même d’un pays, comme encourageant ou laissant faire les persécutions religieuses, serait suffisante pour endommager les relations bilatérales, selon M. Eizenstat qui a souligné que 78 pays figuraient déjà sur une liste du département d’Etat désignant les coupables d’infractions aux libertés religieuses. Au nom de cette liberté, base même de la fondation des Etats-Unis, nombres d’organisations religieuses et de défense des droits de l’homme, dont l’union des congrégations juives américaines, la conférence catholique américaine et la campagne internationale pour le Tibet, ont appelé de leurs vœux la proposition de loi qui aurait le soutien d’au moins 110 membres de la Chambre. D’autre part le Congrès, dans un nouvel épisode de son conflit avec l’ONU sur la dette américaine, a voté un amendement symbolique appelant les Nations Unies à remercier les contribuables américains pour leurs contributions. Cet amendement, adopté au Sénat par 90 voix contre 10, affirme que l’ONU «devrait reconnaître publiquement le soutien financier et militaire des Etats-Unis au maintien de la paix et de la stabilité dans le monde». La résolution affirme également qu’il «faudrait rendre hommage aux contribuables américains pour leur soutien généreux et sans équivalent» à la mise en œuvre des résolutions des Nations Unies. Ce texte a été proposé par le président de la commission des Affaires étrangères, Jesse Helms, un des plus farouches critiques de l’ONU. «La politique de sécurité des Etats-Unis n’est décidée ni par les Nations Unies, ni par le Conseil de Sécurité, ni par Kofi Annan», a déclaré le sénateur. Le secrétaire général de l’ONU a réclamé le paiement d’arriérés de 1,7 milliard de dollars lors de sa visite à Washington, il y a deux semaines, et a averti que les Etats-Unis — premier contributeur et premier débiteur — risquaient de perdre leur droit de vote s’ils ne payaient pas. Le Congrès s’est jusqu’à présent opposé à toutes les tentatives du président Bill Clinton d’obtenir le règlement d’une partie au moins de la dette, soit 800 millions de dollars. «Le secrétaire général de l’ONU, en essayant d’être malin, a en réalité fini par être à la fois absurde et menteur», a déclaré M. Helms. Il affirme ainsi que les Etats-Unis ont dépensé 3 milliards de dollars en 1997 pour des opérations de maintien de la paix en Bosnie ou dans le Golfe, qui ne sont pas comptabilisées par l’ONU. «Cet amendement souligne cette vérité et suggère que l’ONU mette une sourdine à sa rhétorique pleurnicharde et reconnaisse les faits, a ajouté Jesse Helms. Non, les Etats-Unis ne sont pas une nation parasite». L’ONU a rejeté ces arguments, en expliquant que l’organisation ne remboursait que les opérations de maintien de la paix qu’elle avait autorisées et «non les missions décidées par un pays, unilatéralement, pour servir ses propres intérêts ou pour stabiliser une situation régionale ou globale». (AFP)
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