Un tribunal a condamné à mort vendredi pour meurtre un ancien fidèle de la secte Aoum Shinrikyo qui, loin d’avoir disparu, semble en passe de renaître au Japon, trois ans et demi après l’attentat meurtrier au gaz sarin dans le métro de Tokyo. Kazuaki Okazaki, 38 ans, membre fondateur de Aoum Shinrikyo (Aoum Vérité Suprême), a été reconnu coupable de l’assassinat de quatre personnes: un avocat défenseur des familles qui cherchaient à retirer leurs enfants de cette secte, sa femme, leur bébé, et un autre disciple de Aoum. Il s’agit de la première condamnation à mort prononcée depuis l’ouverture des procès des dirigeants de cette secte tenue responsable de l’attentat au sarin qui fit 12 morts en mars 1995 dans le métro de Tokyo. Des milliers de personnes furent intoxiquées dans les rames du métro infectées par ce gaz de combat extrêmement violent inventé par les nazis. L’attentat avait suscité un profond traumatisme dans le pays, les Japonais incrédules découvrant avec horreur l’itinéraire incroyable de diplômés des meilleures universités qui, en rupture avec la société, avaient préféré suivre aveuglément un gourou prédisant la fin du monde en 1997. Son gourou, Shoko Asahara, un homme de 43 ans barbu comme le Christ, affirmait avoir atteint «l’illumination» lors d’un voyage en Inde. Le gouvernement japonais a lancé une mise en garde le mois dernier contre un retour de cette secte qui n’a en fait jamais été interdite par les autorités, une commission indépendante ayant conclu en janvier 1997 qu’elle ne représentait plus de danger pour la société. Le Bureau des enquêtes sur la sécurité publique du ministère japonais de la Justice a indiqué début septembre que la secte regroupait actuellement plus de 1 500 disciples à travers le Japon, dont 500 se sont regroupés pour vivre en communauté. Au plus fort de son influence au moment de l’attentat du métro, la secte déclarait 11 400 membres au Japon et 40 000 à travers le monde, en particulier en Russie où le gourou Shoko Asahara et ses lieutenants avaient mené une campagne très active. Elle possédait des bureaux à New York, en Allemagne, au Sri Lanka et à Moscou, ville où elle avait même installé une station de radio diffusant des émissions en japonais vers l’archipel. Un nouveau Kamikuishiki? Quelque 130 fidèles de Shoko Asahara se seraient regroupés dans une vingtaine d’appartements situés à proximité du centre de détention où est incarcéré le gourou dans la banlieue de Tokyo, afin d’être plus près de lui. Selon ce même bureau, la secte s’est également en partie rétablie sur le plan financier grâce à ses magasins d’ordinateurs qui réalisent un chiffre d’affaires annuel de 4 milliards de yens (31 millions de dollars). Leur principale communauté dans le village de Kamikuishiki, au pied du Mont Fuji, a été entièrement démantelée. Mais l’une des filles du gourou, Rika Matsumoto, qui a pris les rênes de la secte, s’apprêterait à s’installer avec d’autres fidèles dans une grande villa achetée à Tokigawa, dans la préfecture de Saitama, près de Tokyo. 3 000 habitants de cette localité ont signé une pétition pour leur interdire l’accès à cette résidence, craignant la construction d’un nouveau Kamikuishiki, le centre où la secte fabriquait le sarin et d’autres gaz mortels. La condamnation à mort prononcée vendredi a ravivé les souvenirs douloureux des crimes attribués à Shoko Asahara et aux autres dirigeants de cette secte qui se réclamait à la fois du bouddhisme et de l’hindouisme. La secte est aussi tenue responsable de la mort de sept personnes lors d’un autre attentat au sarin dans la ville de Matsumoto, dans les Alpes japonaises, en juin 1994. Au total, 279 disciples de la secte ont été arrêtés depuis mars 1995. Quatre dirigeants de Aoum sont encore en fuite, malgré la présence de milliers d’affiches visibles dans de très nombreux lieux publics à travers le Japon.
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