Le tableau des départs à l’aéroport international Saddam à Bagdad invite toujours les passagers à l’enregistrement pour le vol 016 d’Iraqi Airways à destination de Francfort... en janvier 1991. «Il annonce ce vol depuis sept ans», relève un responsable du département de l’aviation civile. L’embargo international imposé à l’Irak a transformé en aéroport fantôme ce qui fut le noyau d’un réseau animé reliant l’Irak au monde entier. «Deux millions de passagers par an transitaient par chacun des trois terminaux avant 1991», rappelle Imad Hamid, le directeur de l’aéroport. «Maintenant, nous n’avons même pas un seul vol», déplore cet ancien pilote d’Iraqi Airways. Des panneaux annoncent toujours fièrement les destinations desservies par Iraqi Airways à travers le monde. L’aéroport a été construit par les Français en 1982, trois ans après l’accession du président irakien à la tête de l’Etat. Une autoroute à trois voies relie l’aéroport au centre-ville, mais seuls quelques rares véhicules l’empruntent à présent. Des panneaux publicitaires la bordent, vantant des produits de firmes irakiennes qui pour la plupart n’existent plus. Mais chaque jour, les employés de l’aéroport continuent à se présenter à leur poste. M. Hamid assure ne pas connaître le nombre exact du personnel toujours employé, mais plus de 50 personnes attendent le bus de l’Iraqi Airways après avoir fini leur travail. En raison de l’embargo, le personnel mène une bataille quotidienne pour garder les lieux en état de fonctionnement, souligne M. Hamid. «L’embargo nous prive de pièces de rechange, nous devons nous les procurer sur d’autres terminaux», dit-il. Dans le principal terminal, baptisé Babylone, les escalators fonctionnent toujours, ainsi qu’une fontaine illuminée de deux étages. Au lieu d’annoncer les vols, les haut-parleurs diffusent la musique populaire de la radio irakienne. Un aéroport sans passagers Les détecteurs à rayon X qui contrôlaient les bagages des passagers portent aujourd’hui des autocollants avec l’inscription: «À bas les Etats-Unis». «Dans le passé, nous avions droit à deux uniformes par an. Maintenant, à cause des sanctions, nous devons porter nos propres vêtements», rapporte un employé qui souhaite garder l’anonymat. «C’est tellement triste de travailler dans un aéroport sans passagers», ajoute-t-il. Le 16 janvier 1991, quelques heures avant que la coalition multinationale dirigée par les Etats-Unis en lance ses raids contre l’Irak, des avions ont pour la dernière fois décollé de l’aéroport Saddam. Il s’agissait de vols pour la Russie ainsi que d’appareils envoyés par Iraqi Airways en Iran, en Jordanie et en Tunisie, pour les mettre à l’abri. Depuis, la route de 950 km reliant Bagdad à Amman est devenue la principale voie reliant l’Irak au monde extérieur. Les vols pour et à partir de l’Irak ont été bannis par les sanctions internationales, à l’exception de quelques rares vols humanitaires obtenant une dérogation spéciale de l’ONU. Le 25 décembre dernier, le personnel de l’aéroport a reçu son cadeau de Noël quand un avion russe chargé d’aide humanitaire a été autorisé par l’ONU à atterrir pour la première fois depuis la guerre du Golfe. Depuis ce premier vol, l’ONU en a autorisé une douzaine, transportant de l’aide humanitaire ou de hauts diplomates en mission à Bagdad. L’avion du secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, qui a désamorcé le 23 février une crise sur l’inspection des sites présidentiels, s’est posé sur cet aéroport. «Un expert de l’aviation civile française est venu examiner le système de sécurité des installations et a certifié qu’il était en bon état», a souligné M. Hamid. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le tableau des départs à l’aéroport international Saddam à Bagdad invite toujours les passagers à l’enregistrement pour le vol 016 d’Iraqi Airways à destination de Francfort... en janvier 1991. «Il annonce ce vol depuis sept ans», relève un responsable du département de l’aviation civile. L’embargo international imposé à l’Irak a transformé en aéroport fantôme ce qui fut le noyau d’un réseau animé reliant l’Irak au monde entier. «Deux millions de passagers par an transitaient par chacun des trois terminaux avant 1991», rappelle Imad Hamid, le directeur de l’aéroport. «Maintenant, nous n’avons même pas un seul vol», déplore cet ancien pilote d’Iraqi Airways. Des panneaux annoncent toujours fièrement les destinations desservies par Iraqi Airways à travers le monde. L’aéroport a été...