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Actualités - Opinion

Tribune L'ultra-libéralisme en échec

«Le paradis économique promis par un libre-échange global inévitable, illimité et sans restriction n’était que pure illusion.» Il s’est finalement avéré que le paradis économique promis par un libre-échange global inévitable, illimité et sans restriction n’était que pure illusion. Le président Clinton a lui-même reconnu que l’état des finances mondiales n’a jamais été au plus mal depuis la dépression des années trente. Le Fonds monétaire international n’a plus suffisamment de ressources pour renflouer les nations frappées par la crise. En Asie, le retour de manivelle est d’autant plus cruel que ceux auxquels on avait promis la richesse se retrouvent démunis. Ils donnent dès lors libre cours à leur rancœur, comme le montrent le déchaînement de la violence antichinoise en Indonésie et l’effervescence politique en Malaisie. D’autres sont à la recherche de vieilles solutions nationalistes ou militaristes. Le Premier ministre japonais a ainsi suggéré qu’une «économie de guerre» pourrait sauver son pays de la débâcle financière. Confronté à une Russie qui s’enfonce dans le chaos financier, le nationaliste Alexandre Lebed a récemment cherché à reprendre le contrôle des armes nucléaires en Sibérie. La vague de mécontentement qui se déplace vers l’Ouest promet de s’amplifier avant que les choses ne s’améliorent. Bon nombre d’économistes, de politiciens, d’activistes et d’environnementalistes ont pressenti le danger. Durant la dernière décennie, leurs voix ont été étouffées par les intégristes du libre-échange qui, revendiquant la victoire sur le communisme, ont par la même occasion remis en cause leur bon sens. Ce dont nous avons le plus besoin, aujourd’hui comme demain, c’est d’un retour à l’équilibre, de la modération et de l’humanité. Des fanatiques nous avaient prédit que des marchés globaux sans réglementation quelconque parviendraient à réaliser l’allocation la plus efficace des ressources limitées et optimaliseraient les portions du gâteau à partager entre les peuples. Mais comment déterminer qui reçoit quelle part du gâteau? Chaque gouvernement est plus ou moins responsable de la distribution équitable de ces parts. Les régimes ouverts et démocratiques sont ceux qui garantissent le mieux la justice sociale. Or, on les pousse à s’accommoder des excès du marché en démantelant les trusts afin de garantir la concurrence, alors que dans le même temps ils doivent assurer la santé des travailleurs, la sécurité des consommateurs et la protection de l’environnement. Mais il n’existe aucun gouvernement global et les organisations internationales, qui le sont, n’ont aucun compte à rendre à l’immense majorité de la population mondiale. Peu importe, nous rassure-t-on, de vastes richesses vont être créées par le commerce sans entraves et tout le monde en bénéficiera. Cependant, la part du commerce mondial accaparée par l’Amérique durant ces vingt dernières années croît de façon spectaculaire, alors que les pays les moins développés, dont un grand nombre en Afrique, ont vu leur part diminuer de moitié. Le problème n’est pas seulement limité aux inégalités parmi les États-Nations. Selon le livre de David Korten, When Corporations Rule the World (Quand les multinationales gouvernent le monde), sur les cent premières entités économiques du monde, on compte 51 entreprises transnationales. Les deux tiers du commerce international impliquent ces sociétés transnationales et un tiers s’effectue au sein même d’une seule et unique transnationale. Comme l’a récemment souligné la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, les petites et moyennes entreprises, qui emploient le plus grand nombre de travailleurs de la planète, ne savent pas se défendre contre ces géants. Entre-temps, une instabilité incroyable s’est instaurée, due à l’augmentation rapide de la spéculation financière globale et au mouvement effréné des capitaux à court terme d’un marché à l’autre. Cette issue était évidemment prévisible, mais les spéculateurs ont continué à prospérer jusqu’à l’arrivée de la faillite. Leur argent provenait des marges instables du marché. L’inégalité des revenus à l’intérieur des pays a, elle aussi, augmenté. Même aux États-Unis, la fortune de Bill Gates est égale à la valeur nette totale des 106 millions d’Américains les plus pauvres. La mondialisation n’a pas conduit à l’augmentation de la diversité et de la concurrence mais, au contraire, à la standardisation de la production et à l’homogénéisation de la consommation. On encourage, voire même on oblige, les gens à s’adapter aux exigences des multinationales. Les gouvernements qui tentent de contrôler les excès de celles-ci sont accusés de vouloir mettre un frein au libre-échange. L’Organisation mondiale du commerce, dont le rôle est exclusivement centré sur l’essor du libre-échange, refuse de rendre publiques ses délibérations ou d’être tenue pour responsable des coûts sociaux, politiques et environnementaux qui découleraient de ses décisions. La mise en place d’un meilleur système exige trois éléments: le ralentissement du rythme auquel nous transférons notre souveraineté au marché global; l’introduction de dispositifs de contrôle et d’équilibrage au sein des structures économiques internationales existantes avec une participation plus active du public et une responsabilité accrue des actionnaires; le renforcement du cadre parallèle de dispositifs de contrôle et d’équilibrage du système des Nations unies, de ses institutions et de ses accords multilatéraux. Ce sont là des questions compliquées qui exigent la prise en compte d’un grand nombre de décisions difficiles. Mais il est sûrement plus sage de faire confiance à notre propre capacité à les résoudre de façon intelligente et démocratique plutôt que de placer notre foi dans une panacée de libre-échange d’une lamentable imperfection.
«Le paradis économique promis par un libre-échange global inévitable, illimité et sans restriction n’était que pure illusion.» Il s’est finalement avéré que le paradis économique promis par un libre-échange global inévitable, illimité et sans restriction n’était que pure illusion. Le président Clinton a lui-même reconnu que l’état des finances mondiales n’a jamais été au plus mal depuis la dépression des années trente. Le Fonds monétaire international n’a plus suffisamment de ressources pour renflouer les nations frappées par la crise. En Asie, le retour de manivelle est d’autant plus cruel que ceux auxquels on avait promis la richesse se retrouvent démunis. Ils donnent dès lors libre cours à leur rancœur, comme le montrent le déchaînement de la violence antichinoise en Indonésie et...