Fidel Castro l’avait bien prédit: après un moment de stupeur, les railleries vont bon train sur la distribution imminente de dizaines de milliers de tonnes de «chicharos» (pois cassés) dont les vertus nutritives longuement vantées par le Commandant-en-chef laissent songeurs ses compatriotes. Ce légume sec a connu son heure de gloire jusque dans les années 80, lorsqu’il était fourni en grande quantité à l’île communiste par l’ex-URSS, donnant naissance à la «génération chicharo», selon le mot d’un journaliste cubano-chilien. De cette époque date d’ailleurs l’habitude toujours en vigueur de mélanger de la poudre de pois cassé au café moulu du carnet de rationnement. Averti de la disponibilité sur le marché international de «chicharos» à «un prix magnifique», le «lider maximo» a lui-même ordonné le mois dernier l’achat «immédiat de 40.000 tonnes et de continuer à saisir les offres». Pallier aux effets de la sécheresse… et de Georges Ces importations visent à compenser les dommages causés aux productions agricoles vivrières par plus de six mois de sécheresse dans l’est de l’île, puis par le passage du cyclone Georges, avait expliqué Fidel Castro le 28 septembre dernier devant le Congrès des comités de défense de la Révolution (une organisation de masse qui quadrille chaque quartier). Durant 10 mois, un kilo mensuel de «chicharo» sera distribué pour chaque enfant de moins de 14 ans et chaque adulte âgé de plus de 60 ans, soit quelque 4 millions de personnes sur une population totale de 11 millions d’habitants. Les habitants de la moitié orientale – plus particulièrement victime de la sécheresse et de l’ouragan – vont en outre recevoir jusqu’en décembre entre 1 et 2,5 kilos supplémentaires de pois cassés, ce qui veut dire que certains Cubains pourront disposer mensuellement de 3,5 kilos des fameux «chicharos». Les légumes secs seront fournis «aux prix subventionnés du carnet de rationnement», avait proclamé le Commandant-en-chef en ajoutant sous les applaudissements: «Cela, c’est ce qu’on appelle Révolution!» «Il y aura des désaccords et des critiques, vous verrez (...) pour le moment, tout le monde se tait», avait pourtant averti Fidel Castro, en fin connaisseur de l’esprit malicieux des Cubains. Pour venir en aide aux ménagères déconcertées par la promesse de tant de «chicharos» pour les mois à venir, l’hebdomadaire Trabajadores des syndicats a livré quelques recettes d’une diététicienne du très officiel Institut de nutrition et d’hygiène alimentaire de La Havane. Les pois cassés peuvent même être servis au petit déjeuner, apprend-on au détour de l’article: réduits en pâte additionnée de graines de sésame ou de cacahuètes ils peuvent être tartinés sur une tranche de pain «pour commencer la journée avec un bon apport en protéines». La faculté des «chicharos» à tenir au corps ont justement été le grand argument avancé par Fidel Castro pour justifier l’achat massif de ce légume sec. «Il apporte plus de protéines que le (haricot) noir ou rouge (...), il arrive à plus de 20 % de protéines; en tant qu’aliment il est très bon et se digère facilement», a vanté le Commandant-en-chef qui n’a eu en revanche que mépris pour le riz, qui coûte près de 400 dollars la tonne. «Seulement 7% de protéines: En réalité, le riz ce n’est que de l’amidon, mais enfin nous avons l’habitude» d’en manger, a-t-il regretté. «Avec (l’argent) nécessaire pour acheter une tonne de riz, on achète presque deux tonnes de pois cassés» et, en tenant compte de la différence d’apport en protéines, «le rapport coût-bénéfice est de 1 à 6», a calculé le chef de l’État cubain.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Fidel Castro l’avait bien prédit: après un moment de stupeur, les railleries vont bon train sur la distribution imminente de dizaines de milliers de tonnes de «chicharos» (pois cassés) dont les vertus nutritives longuement vantées par le Commandant-en-chef laissent songeurs ses compatriotes. Ce légume sec a connu son heure de gloire jusque dans les années 80, lorsqu’il était fourni en grande quantité à l’île communiste par l’ex-URSS, donnant naissance à la «génération chicharo», selon le mot d’un journaliste cubano-chilien. De cette époque date d’ailleurs l’habitude toujours en vigueur de mélanger de la poudre de pois cassé au café moulu du carnet de rationnement. Averti de la disponibilité sur le marché international de «chicharos» à «un prix magnifique», le «lider maximo» a lui-même ordonné...