Trois années consécutives de sécheresse ont pratiquement mis à sec les réserves d’eau à Chypre, imposé un rationnement drastique, et obligent les autorités à chercher des solutions à l’étranger. «La situation est critique. La pluie nous fait cruellement défaut et nos réserves ne sont qu’à 6% de leur capacité», a déclaré un responsable chypriote-grec. La quantité d’eau disponible dans les réservoirs du sud de l’île — le tiers nord est occupé par la Turquie — est aujourd’hui de 18 millions de m3, selon M. Nicos Tsiourtis, directeur à l’Office du développement des ressources hydrauliques à Nicosie. «Ajoutée à un apport mensuel d’un million de m3 d’eau de mer dessalée, cette quantité d’eau pourra à peine couvrir les besoins domestiques et agricoles pour les six prochains mois», a ajouté le responsable. Pour faire face à une consommation totale, sans restrictions, de 240 millions de m3 en moyenne par an, les autorités ont toujours compté sur les eaux des pluies et les nappes phréatiques. Le niveau de ces dernières a baissé de 50% en trente ans à cause d’une exploitation «sauvage» par les agriculteurs. Le gouvernement chypriote-grec, qui avait au mois d’août présenté ses excuses pour sa mauvaise gestion du dossier de l’eau, a pris une série de mesures, notamment le rationnement, pour tenter de contenir la pénurie. Les foyers ne reçoivent l’eau courante que durant 30 heures par semaine et les habitants sont passibles d’une amende de 30 livres (près de 60 USD) pour tout gaspillage, tel que le lavage des voitures (en dehors des stations). La pénurie d’eau, aggravée cette année par un été extrêmement chaud, a particulièrement affecté le secteur agricole. Soumis à des coupures sévères d’eau allant jusqu’à 75% des quantités habituelles, certains fermiers ont dû abandonner leurs champs, d’autant que les autorités leur ont interdit de creuser de nouveaux puits afin de permettre aux nappes phréatiques de se reconstituer. Une première usine de dessalement de l’eau de mer, située à Dhékelia à l’est de Chypre, produit 40.000 m3 d’eau par jour. «Des appels d’offres internationaux ont été lancés pour la construction de deux autres usines de dessalement, qui devraient être opérationnelles en juin ou juillet prochains, avec une production quotidienne de 15.000 m3 chacune» a assuré M. Tsiourtis. Ces deux usines seront installées à Limassol et près de Larnaca, deux zones touristiques, grandes consommatrices d’eau. Autre solution de secours envisagée, l’importation d’eau de «n’importe quel pays, même de Turquie» — qui occupe le nord de l’île depuis 1974 — véritable château d’eau à 60 km seulement des côtes septentrionales chypriotes. «Des appels d’offres internationaux ont été lancés pour importer de l’eau par bateau», a confirmé le responsable chypriote, qui ajoute : «Nous demandons aux sociétés candidates de nous préciser la qualité de l’eau qu’elles proposent, sa quantité et son origine, mais sans exclure un quelconque pays», y compris la Turquie, à condition qu’aucune condition ne soit posée. M.Tsiourtis se référait à la proposition du chef de la communauté chypriote-turque, Rauf Denktash, faite en juillet dernier, de donner de l’eau aux Chypriotes-grecs en contrepartie de «relations de bon voisinage». Egalement victime d’un grave déficit pluviométrique, le nord de Chypre est approvisionné en eau potable en provenance de Turquie à l’aide de ballons géants flottant sur la mer.
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