Les taliban au pouvoir à Kaboul s’attendent à une offensive prochaine du commandant de l’opposition Ahmed Shah Massoud dont les troupes sont pratiquement les dernières à combattre la milice intégriste. Les forces tadjikes de Massoud continuent pour l’instant à bombarder les lignes de défense des taliban à quelque 25 km au nord et au nord-est de la capitale afghane qui est aussi visée par des missiles. Mardi dernier, un missile a frappé la zone de l’aéroport de Kaboul, sans faire ni victime ni dégât. Massoud «va sûrement faire quelque chose et nous aussi», a assuré un combattant taliban sur la ligne de front. «Quelque chose pourrait bien se produire dans les cinq à dix jours», a-t-il estimé. La plupart des responsables militaires de la milice prévoient une offensive de Massoud vers la mi-octobre, en tout cas avant l’hiver afghan qui va geler pour de longs mois les paysages montagneux du nord de la capitale et les positions militaires des uns et des autres. «Il doit faire quelque chose, il est terriblement exposé» sur le front du nord de la capitale, a estimé une source indépendante. Les taliban ont en effet réussi à s’emparer récemment du col de Shiber, dans la vallée de Gorbhand au nord-ouest de la capitale. Or, cette vallée est stratégiquement importante dans la mesure où elle pénètre dans le flanc ouest des positions du commandant Ahmed Shah Massoud. «L’année dernière, il pouvait compter sur les troupes des autres mouvements de l’opposition pour assurer ses arrières et notamment ses lignes d’approvisionnement avec le Tadjikistan, son principal soutien», a affirmé la source. Mais les offensives victorieuses des taliban du mois d’août dernier ont d’abord laminé les troupes du chef de guerre ouzbèke Abdul Rachid Dostam, dans l’ouest et le nord-ouest du pays. La milice intégriste s’est ensuite attaquée au dernier bastion du 3e mouvement de la coalition, le Hezb-i-Wahdat des Hazara chiites de Karim Khalili, dans la province de Bamyan (centre du pays) il y a deux semaines. Un très bon stratège Dès lors, Le Jamiat-i-Islami de l’ancien président Burhanuddin Rabbani et du commandant Massoud est pratiquement le dernier mouvement de l’opposition à faire face aux taliban. Mais le problème est que le Jamiat ne contrôle les provinces de Takhar et du Badakshan dans l’extrême nord-est du pays, à la frontière du Tadjikistan, que de manière très précaire. Désormais, l’attente des décisions que va prendre Massoud — reconnu comme un très bon stratège — a pris le pas sur les craintes qu’a inspiré ces derniers temps la situation dans l’ouest du pays, à la frontière de l’Iran, le principal soutien de l’opposition, qui a annoncé y avoir déployé 200.000 militaires. La tension entre l’Iran chiite et les taliban sunnites ultra-orthodoxes a atteint son comble après les défaites militaires de la coalition anti-taliban et l’assassinat de huit diplomates et d’un journaliste iraniens lors de la prise de Mazar-i-Sharif, la «capitale» de l’opposition, dans le nord du pays le 8 août dernier. Cette tension, en fixant des milliers de miliciens taliban sur la frontière, peut être mise à profit par Massoud pour attaquer au nord de Kaboul, a estimé un expert militaire. D’autant que les taliban assurent toujours qu’il est hors de question pour eux de discuter avec l’opposition armée, alors qu’ils contrôlent désormais plus de 80 % du pays.
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