Héritiers du KGB, les services secrets russes sont en train de regagner la puissance de l’ancienne police politique soviétique, au point de devenir une menace potentielle pour la démocratie en l’absence de tout contrôle parlementaire, selon un rapport du «Jane’s» publié jeudi. Minés au début de la décennie par le manque d’argent et les conflits nés du démantèlement du KGB en plusieurs agences, les services secrets russes sont depuis 1995 «de plus en plus actifs et agressifs», notent les experts du groupe de presse spécialisé dans la défense, basé à Londres. «Le répit de l’ère Gorbatchev est terminé. Alors qu’il avait affirmé sa volonté d’en finir avec la police politique, Boris Eltsine a patiemment restauré ses forces», note «Jane’s». Les services secrets sont devenus aujourd’hui «l’un des principaux alliés du président» russe, le seul auquel ils rendent véritablement des comptes, aucune structure parlementaire n’ayant le moindre pouvoir sur eux et la moindre information sur leurs activités. Les mêmes moyens que le KGB Loin d’être traités en parias, les responsables du KGB ont patiemment repris les commandes. Au point que des vétérans du KGB sont aujourd’hui à la tête de toutes les agences spécialisées dans la sécurité et le renseignement nées de l’éclatement de la police politique soviétique, note le «Jane’s». Le nouveau premier ministre, Evgueni Primakov, est lui-même un ancien responsable des services de sécurité, rappelle le «Jane’s». Il avait été en 1991 le premier directeur de la branche spécialisée dans l’espionnage à l’étranger, après avoir pendant des années informé le KGB sous le nom de code «Maxim», notent les experts du «Jane’s». A l’intérieur du pays, la plus grande agence chargée du renseignement, le service de la sécurité fédérale (FSB), qui fait travailler environ 200.000 personnes, n’a pas fait mystère de sa volonté de reformer «le plus rapidement possible» un réseau d’informateurs similaire à celui du KGB. A l’étranger, les services secrets russes «regagnent de l’influence». Ils ont moins de moyens que le KGB mais ont réussi, comme le service de la sécurité fédérale, à limiter l’hémorragie vers le privé de leurs agents les plus compétents grâce à des primes. Leur présence a été réduite en Afrique ou en Amérique latine, mais les agents russes, bien implantés dans les pays de l’OTAN, ont réussi «à pénétrer le processus de décision» de l’Alliance atlantique, affirme le «Jane’s». Ils sont aussi de plus en plus actifs dans le domaine de l’espionnage économique, suscitant les protestations de plusieurs pays, dont l’Allemagne. Quant aux services chargés plus spécialement des télécommunications qui emploient quelque 54.000 personnes, dont plusieurs centaines de très haut niveau, ils ne cessent d’étendre leur pouvoir. Ils sont ainsi devenus les actionnaires majoritaires de Relkom, le plus grand fournisseur de services sur Internet du pays. «Toutes ces agences qui travaillent de plus en plus la main dans la main ont reformé un lobby puissant, autonome et potentiellement dangereux», note le «Jane’s».
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