En sommeil forcé sous les communistes, florissante sous leurs successeurs nationalistes, l’Eglise catholique croate commence doucement à prendre ses distances vis-à-vis du régime de Franjo Tudjman. La Croatie accueille du 2 ou 4 octobre le pape Jean-Paul II, qui était déjà venu en Croatie en septembre 1994, moins d’un an avant la fin de la guerre serbo-croate. L’histoire de l’Eglise dans ce pays a suivi la courbe tourmentée de ce siècle, particulièrement marquée dans cette partie du monde par les guerres et la succession de différents régimes et concepts politiques: royaume austro-hongrois, royaume yougoslave, Etat fasciste croate, Yougoslavie titiste, et enfin Croatie indépendante de 1991. Elle est également marquée par ses propres hésitations dans les périodes de transition entre ces différents régimes. Véritables épines dans l’œil des communistes, «les activités de l’Eglise catholique étaient systématiquement étouffées en ex-Yougoslavie. L’archevêque Alojzije Stepinac symbolise cette période par son refus de coopérer avec le pouvoir communiste de Tito», a déclaré M. Nedeljko Pintaric, porte-parole de l’archevêque de Zagreb, Mgr Josip Bozanic. Le cardinal Stepinac, considéré par les Serbes comme un collaborateur du régime oustachi d’Ante Pavelic, allié d’Hitler, et par les Croates comme le symbole de la lutte pour leur indépendance, doit être béatifié par le pape le 3 octobre. Le processus d’identification, déjà fort, des Croates avec l’Eglise a été porté à son paroxysme lors de la guerre serbo-croate (1991-1995), consacrant une nouvelle ère pour les croyants, qui n’avaient plus à se marier ou à se baptiser en cachette. Et rares étaient les soldats qui partaient au front sans leurs chapelets. «Forte de son expérience sous la période communiste, durement touchée par la guerre en Croatie, l’Eglise s’est tournée vers son avenir (...), et accorde davantage d’attention aux problèmes sociaux», a ajouté M. Pintaric. Le ton du changement dans les relations avec l’Etat a été donné par l’archevêque de Zagreb, Mgr Josip Bozanic, 49 ans, qui a succédé l’année dernière à l’archevêque et cardinal, Mgr Franjo Kuharic. Surprise Mgr Kuharic, farouche opposant du communisme, a souvent été accusé par ses détracteurs de ne pas avoir suffisamment élevé la voix pour dénoncer les exactions commises durant la guerre en Croatie, et le rôle joué par Zagreb durant la guerre en Bosnie, tout particulièrement lors du conflit croato-musulman (1993-1994). Mgr Bozanic, qui s’est ouvertement rangé du côté des rares médias indépendants, a provoqué la surprise lors de son adresse pastorale à Noël, dans laquelle il s’est attaqué au pouvoir pour dénoncer la misère. «Les brusques changements des systèmes politiques et économiques ont permis le rapide enrichissement de certains et la misère grandissante de la majorité des habitants. C’est l’œuvre d’un péché dans les structures qui a été rendu possible par les lois et les règlements», a-t-il dit. Dans un pays, qui compte 3.666.784 catholiques sur une population de 4.784.265 habitants, selon le dernier recensensement de 1991, l’Eglise, objet permanent de convoitises politiques, aura démontré qu’elle pouvait également leur opposer sa résistance. (AFP)
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