À défaut d’un retour à l’ordre ancien, où les Libanais savaient au moins qui dirigeait le pays, on s’achemine vers une correction de trajectoire redonnant à la présidence de la République un peu de son poids ancien. Sans nécessairement recourir à des révisions constitutionnelles, puisque la pratique n’a jamais — ni maintenant ni avant — respecté farouchement les textes… Un ministre influent prévoit que, «très probablement, on va adopter une approche différente pour la mise sur pied du prochain Cabinet. Il faudra qu’en un sens le gouvernement corresponde à son tour aux critères exigés du prochain président de la République, sans quoi l’effet recherché ne pourrait pas être atteint, car l’Exécutif ne doit être qu’un. C’est une condition évidente pour enclencher ce changement que tout le monde promet au niveau du pouvoir, et que tout le monde attend au niveau de la rue. Comme le souligne Fouad Boutros, l’élection présidentielle n’est pas une fin en soi, mais un point de départ pour un processus modifié, afin de répondre aux vrais vœux des Libanais. Exactement dans ce même sens, nous pouvons répéter en écho après l’ancien ministre, que l’heureux élu ne devra pas se dire c’est arrivé, mais c’est parti. Parti pour la marche en avant, sur un tracé rectifié». Louable principe, admirables généralités. Mais qu’en serait-il concrètement… Sur ce point précis, tout ce que l’on sait jusqu’à présent, d’une manière à peu près sûre, c’est que M. Rafic Hariri va se succéder à lui-même. Mais ensuite il lui faudra procéder à des consultations parlementaires avant de composer son équipe. Dès lors, pour faire le tour anticipé de la question, on se retrouve devant toute une série d’interrogations: — Va-t-on larguer tous les ministres actuels? Et si on ne le fait pas, si on en garde quelques-uns, ne va-t-on pas dire que les autres ont été remerciés parce qu’ils étaient par trop défaillants? Ce souci si délicat, si surréaliste aussi, de ménager l’amour-propre de tous paraît faire bon compte de l’intérêt public. Dans ce sens qu’il n’y a aucune raison de ne pas garder des responsables qui ont fait leurs preuves, sinon qui ont réussi, si tant est qu’il en existe… — Va-t-on laisser les formations ou les pôles politiques appelés à participer au pouvoir choisir eux-mêmes leurs représentants? — Plus loin dans le même sens, le président du Conseil désigné va-t-il prier le nouveau chef de l’Etat de lui laisser le soin exclusif de sélectionner l’équipe, en faisant valoir qu’il va en être seul responsable, qu’il va seul répondre de leurs actes? Et le chef de l’Etat va-t-il répliquer qu’étant partenaire à part entière de l’Exécutif il garde un droit de regard naturel sur sa composition? Qu’il doit disposer également d’un tiers de blocage pour corriger cette aberration qui veut qu’il dirige les séances sans y avoir droit de vote et qui fait qu’il est tenu de promulguer dans un délai d’un mois (de cinq jours pour les projets urgents) des décisions qu’il n’aurait pas approuvées… Autrement dit, va-t-on d’entrée de jeu se retrouver devant un conflit de prérogatives et de compétences consacrant la dualité du pouvoir exécutif et partant sa paralysie? Ou son dysfonctionnement par esprit de compromis? Ainsi, on a vu le président Hraoui refuser de signer des décrets, sans qu’ils deviennent automatiquement exécutoires après un délai de quinze jours, pour la bonne raison que le chef du gouvernement ou les ministres concernés acceptaient de fermer les yeux. Pour tout dire, la pratique montre clairement que les failles découlent du système même autant que de son application, du reste tronquée. Alors se pose en conclusion la dernière interrogation: comment opérer le changement si l’on garde les mêmes bases, comment avec de l’ancien faire du neuf?
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats À défaut d’un retour à l’ordre ancien, où les Libanais savaient au moins qui dirigeait le pays, on s’achemine vers une correction de trajectoire redonnant à la présidence de la République un peu de son poids ancien. Sans nécessairement recourir à des révisions constitutionnelles, puisque la pratique n’a jamais — ni maintenant ni avant — respecté farouchement les textes… Un ministre influent prévoit que, «très probablement, on va adopter une approche différente pour la mise sur pied du prochain Cabinet. Il faudra qu’en un sens le gouvernement corresponde à son tour aux critères exigés du prochain président de la République, sans quoi l’effet recherché ne pourrait pas être atteint, car l’Exécutif ne doit être qu’un. C’est une condition évidente pour enclencher ce changement que tout le monde...