L’accord de paix conclu sous l’égide américaine entre les chefs des deux principales factions kurdes d’Irak a ranimé en Turquie la vieille hantise de la création à sa frontière sud d’un Etat Kurde, rappelant des scénarios occidentaux similaires tentés au début du siècle. Les responsables turcs craignent cette fois que l’accord intervenu à Washington grâce à une médiation conjointe américano-britannique ne consacre une division de l’Irak, amorcée après la guerre du Golfe en 1991, donnant naissance à un Kurdistan. «Le communiqué signé par les deux chefs kurdes accélère la création d’une structure politique accentuant la division de facto de l’Irak», a déclaré le vice-Premier ministre turc Bulent Ecevit, s’opposant ouvertement à l’application de l’accord. Massoud Barzani, chef du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) et Jalal Talabani, chef de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), se sont mis d’accord le 17 septembre pour régler leur conflit qui a fait plus de 3.000 morts dans le nord de l’Irak depuis 1994. La Turquie ne veut à aucun prix d’un Etat kurde dans le nord de l’Irak voisin car elle fait face à une rébellion séparatiste kurde du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans le sud-est de son territoire. Ankara ne reconnaît pas le statut de minorité aux 8 à 12 millions de Kurdes vivant sur son territoire, car ils sont musulmans comme les Turcs. Elle estime qu’elle a été exclue des négociations au stade préparatoire de l’accord et a déjà annoncé qu’elle ne donnera pas son feu vert à l’application de toutes ses clauses. «Nos craintes sur une division permanente de l’Irak augmentent», a reconnu M. Ecevit. En accusant les Etats-Unis et la Grande-Bretagne d’«hypocrisie» au sujet de cet accord, le vice-Premier ministre turc rappelait les vieux soupçons de la quasi-totalité de la classe politique turque, selon laquelle toute atteinte à l’intégrité territoriale de l’Irak déstabiliserait la région tout entière. «D’une part, ces pays (Washington et Londres) évoquent une protection de l’intégrité territoriale de l’Irak et d’autre part, des pas sont en train d’être faits pour sa désintégration de facto», avait affirmé M. Ecevit. Le PDK et l’UPK se sont mis d’accord pour résoudre leurs désaccords pendant une «période de transition» devant déboucher sur des élections, en principe en juin 1999, pour la création d’une «assemblée régionale». La Grande-Bretagne est un éternel suspect des nationalistes turcs. Elle était signataire du traité de Sèvres de 1920 entre les puissances alliées victorieuses et l’empire Ottoman, démembrant l’empire et prévoyant la création à terme d’un «Kurdistan». Celui-ci n’a jamais vu le jour, le traité de Sèvres ayant été annulé et remplacé par celui de Lausanne en 1923, après la victoire sur la Grèce de Mustafa Kemal Ataturk, fondateur de la République turque. Lausanne ne prévoyait plus la naissance d’un Etat Kurde. Les soupçons turcs sont nourris aussi par le fait que Londres s’était opposé en 1926 à ce que la Turquie conserve le nord de l’Irak, y compris la zone pétrolière de Kirkouk et Mossoul, ancienne possession ottomane, bien que cette région ait été incluse dans le «Pacte national» établi en 1919 par Ataturk et délimitant les frontières de la future république qu’il allait créer. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’accord de paix conclu sous l’égide américaine entre les chefs des deux principales factions kurdes d’Irak a ranimé en Turquie la vieille hantise de la création à sa frontière sud d’un Etat Kurde, rappelant des scénarios occidentaux similaires tentés au début du siècle. Les responsables turcs craignent cette fois que l’accord intervenu à Washington grâce à une médiation conjointe américano-britannique ne consacre une division de l’Irak, amorcée après la guerre du Golfe en 1991, donnant naissance à un Kurdistan. «Le communiqué signé par les deux chefs kurdes accélère la création d’une structure politique accentuant la division de facto de l’Irak», a déclaré le vice-Premier ministre turc Bulent Ecevit, s’opposant ouvertement à l’application de l’accord. Massoud Barzani, chef du Parti...