La naissance, de plus en plus proche, de la monnaie unique européenne ravive en Afrique les craintes d’une dévaluation du franc CFA. Malgré les assurances de la France et de l’Union européenne, les rumeurs vont bon train et ont amené les autorités monétaires de la Zone Franc a prendre un certain nombre de mesures. Le franc CFA, dont la parité est garantie par la France à 100 francs CFA pour un franc français, est utilisé sous diverses formes dans les 15 pays africains qui forment la Zone Franc. Lors de la dernière réunion de ces pays avec la France, en avril dernier, Paris a une fois de plus assuré que la parité du CFA ne serait pas remise en cause lors de l’instauration de l’Union économique et monétaire (UEM) entre onze pays de l’Union européenne, le 1er janvier prochain. Les sorties de capitaux avaient alors ralenti, mais elles ont repris, et les doutes avec eux, dans une région qui n’a pas oublié la dévaluation de 50% du CFA en 1994. «Dans l’ensemble, tout le monde croit que tout va bien se passer, mais inévitablement, il y a des appréhensions», déclare un responsable d’une banque d’Abidjan. «Les sorties de capitaux avaient ralenti en avril, mais elles ont repris. Je ne crois pas que les volumes soient très importants». Les bons du Trésor «Nous avons observé une légère accélération des sorties de capitaux à mesure que la date de l’euro approchait», a confirmé une source à la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), qui est la banque centrale des pays suivants: Bénin, Burkina Faso, Côte-d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo. «Nous avons remonté les taux directeurs, ce qui augmente un peu l’intérêt d’investir (dans la région), et cela semble avoir calmé la situation», a ajouté la source. Elle estime également que les assurances obtenues récemment par la France de la part de ses partenaires européens en ce qui concerne le maintien du mécanisme de la Zone Franc a aussi contribué à rassurer les investisseurs. La BCEAO a relevé son taux d’escompte d’un quart de point à 6,25% le 31 août. Il était inchangé depuis près d’un an. Les taux des bons du Trésor sont également à la hausse, la BCEAO ayant ponctionné les liquidités monétaires lors de ses adjudications régulières. Elle avait été plus accommodante au début de l’année, conformément aux fluctuations des liquidités régionales, qui évoluent au rythme des campagnes agricoles. Le responsable de la BCEAO a souligné que la hausse des taux n’était pas motivée par une poussée inflationniste dans la région cette année. Les prix des denrées de base ont connu une hausse sensible en raison de la sécheresse. En Côte-d’Ivoire, par exemple, le taux d’inflation est monté à 7,7% en juin, mais il est retombé à 3,8% en août. Le franc CFA, «ancré» au franc français, a progressé comme ce dernier contre le dollar ces dernières semaines. Après s’être traité autour des 600 CFA pour un dollar pour la plus grande part de 1998, il est monté récemment à 563 pour un dollar. Mais la devise africaine est souvent difficile à échanger contre d’autres devises, même le franc français, en dehors de la Zone Franc.
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