Les marchés brésiliens se sont effondrés jeudi malgré les mesures d’urgence annoncées par le gouvernement fédéral pour contenir la fuite massive des capitaux. A 16,50 GMT, l’indice Bovespa perdait 13,32% à 4.902 points. Mercredi, les sorties de capitaux ont été évaluées à 1,1 milliard de dollars, un niveau qualifié d’insoutenable par les professionnels. «La Banque centrale doit faire quelque chose», plaide un cambiste. Pour les neuf premiers jours de septembre, les sorties nettes de dollars ont été estimées à $8,77 milliards alors que pour l’ensemble du mois d’août, lorsque la Russie avait dévalué le rouble provoquant une profonde crise de confiance dans les marchés émergents, elles avaient atteint $12 milliards. Le vent de panique qui soufflait sur les marchés brésiliens s’est renforcé lorsque la Banque centrale a reconnu que la situation budgétaire du pays, déjà préoccupante pour la plupart des investisseurs, s’était considérablement dégradée. Le déficit budgétaire, qui comprend les importants remboursements de la dette, a progressé à 7,27% du Produit intérieur brut (PIB) au premier semestre, soit une progression de près de 0,8% par rapport aux cinq premiers mois de l’année. L’endettement du secteur public à fin juin a atteint 346,6 milliards de réaux ($296,2 milliards), soit 38,1% du PIB alors qu’en mai il se situait à 36,9% du PIB. L’Institut national de la Statistique (IBGE) a annoncé jeudi que la production industrielle avait baissé de 0,5% en juillet par rapport à juin et de 0,4% par rapport à l’an dernier. Les dépenses de biens durables ont pour leur part diminué de 6,9% en juillet et se sont contractées de 11% depuis le mois de mai, a également annoncé l’IBGE. Malgré cette accumulation de mauvaises nouvelles la Banque centrale a affirmé qu’elle ne modifierait pas sa politique monétaire. «Nous sommes convaincus que la crise va passer et que nous serons en mesure de défendre la stabilité de notre monnaie», a déclaré son directeur Franccisco Lopes. «Les sorties de capitaux du marché des changes commencent à diminuer», a-t-il dit en soulignant, pour tenter de rassurer les investisseurs, que les réserves étaient toujours supérieures à $52 milliards, le niveau auquel elles se situaient lorsque l’onde de choc de la crise asiatique s’est fait sentir au Brésil. Déficit budgétaire important La crise financière intervient au plus mauvais moment pour le président Fernando Henrique Cardoso, candidat à un deuxième mandat à la présidence. Les élections ont lieu dans tout juste quatre semaines. La semaine dernière la Banque centrale brésilienne avait relevé les taux d’intérêt à 29,75% contre 19% pour tenter de freiner la fuite des dollars et de regagner la confiance des investisseurs. En vain, semble-t-il. Mardi, le gouvernement a annoncé une réduction de quatre milliards de réaux des dépenses budgétaires fédérales d’ici la fin de l’année et d’autres mesures d’économie touchant notamment les dépenses sociales et les investissements dans les infrastructures. Mais les investisseurs ne semblent guère convaincus et pensent que de nouvelles mesures devront être prises après les élections du 4 octobre prochain. A New York, les investisseurs commencent à s’interroger sérieusement sur la capacité du Brésil à défendre sa monnaie. «Les sorties de capitaux sont énormes. La question est de savoir jusqu’où le gouvernement est prêt à voir baisser ses réserves», explique Raul Elizalde (Banco Santander). «Si cela continue, l’hypothèse d’une modification de la politique monétaire est forte», ajoute-t-il. «Le nœud coulant se resserre autour du Brésil. Son déficit budgétaire est très important, sa dépendance par rapport aux financements extérieurs immense et il doit rembourser une lourde dette à court terme. Les paramètres ne sont pas très différents de ceux qui ont conduit la Russie à la crise», ajoute Hari Hariharan (Santander New World Investments). Les investisseurs et les banquiers restent pour le moment convaincus que le président Cardoso fera tout ce qu’il peut pour défendre la monnaie brésilienne, sur laquelle repose le «plan réal» et ils estiment que la proximité des élections plaide en faveur de cette thèse. Mais ils n’écartent pas une nouvelle hausse des taux ou d’autres mesures budgétaires. Certains analystes, qui relèvent qu’environ 100 milliards de réaux de dettes à court terme arrivent à échéance vers la fin de l’année, sont plus pessimistes car environ 60% de la dette à court terme est à taux variable. Relever les taux d’intérêt renchérirait donc le service de la dette du gouvernement et accroîtrait le déficit budgétaire. La plupart des agences de notation ne s’y sont d’ailleurs pas trompées et ont abaissé la notation du Brésil ou l’ont placée sous surveillance. (Reuters)
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