L’affaire Lewinsky tombe comme pain bénit pour la droite religieuse américaine, qui voit dans l’exposé public des frasques sexuelles du président Bill Clinton l’occasion rêvée de dénoncer la «décadence» des mœurs hérités des années 1960 et la nécessité de réaffirmer la place centrale des valeurs morales dans la vie politique. Un œil sur l’élection présidentielle de l’an 2000, plusieurs candidats potentiels à l’investiture du Parti républicain étaient venus ce week-end brocarder, devant quelque 3.000 membres de la Coalition chrétienne réunis en convention annuelle à Washington, le comportement «immoral» de M. Clinton et réclamer son départ. «Il est temps que nous disions (...) Monsieur le président, vous vous êtes discrédité, vous avez discrédité votre fonction, vous avez discrédité votre famille et vous avez discrédité ce pays et il est temps maintenant que vous partiez», a lancé le sénateur du Missouri John Ashcroft, avant d’accabler la dépravation morale issue des «sixties». «Notre pays recueille les fruits (...) de ce qui a été semé durant les années 60 dédiées au plaisir: des enfants incapables de reconnaître leur père, des filles trop jeunes pour être mères, des adolescents élevés par la télévision, rassurés par la drogue et habitués à la violence», a poursuivi le sénateur Ashcroft. «Il est temps qu’on leur dise que leurs valeurs corrompues sont en faillite. Le soleil se couche sur le dernier fils des années 60», a conclu M. Ashcroft, l’un des tout premiers à avoir appelé à la démission du président Clinton dès le début de l’affaire. Bête noire Le scandale Lewinsky tombe à point nommé pour les milieux chrétiens ultraconservateurs, dont Bill Clinton est la véritable «bête noire» en raison notamment de ses prises de position sur l’avortement et les droits des homosexuels, sa politique sociale ou encore ses choix en matière d’éducation. Pareil pour les républicains qui, il y a quelques mois encore, semblaient assurés, selon les sondages, de concéder des sièges aux démocrates aux élections législatives prévues en novembre. Comptant bien convertir en voix le sentiment de «dégoût» généré par le scandale au-delà même des seuls milieux chrétiens fondamentalistes, la Coalition chrétienne a promis à l’approche des législatives de distribuer à travers le pays 45 millions de «guides électoraux», censés détailler les positions respectives des divers candidats. Ouvrant vendredi les débats de la convention, Pat Robertson, le fondateur du mouvement en 1989, avait donné le ton. «Depuis neuf mois, on s’est moqué de nous, on nous a menti», avait lancé le prédicateur, estimant que la présidence avait été tellement «débauchée, avilie et diffamée» qu’une simple démission serait «trop facile». Et de laisser au public, exultant, le soin de crier: «destitution!, destitution!». L’ultralibéral Steve Forbes, patron du magazine Fortune, qui a déjà embauché plusieurs militants chrétiens pour aller répandre sa bonne parole dans le New Hampshire et en Iowa où se tiendront les premières primaires, a demandé au président de jeter l’éponge: «Votre mission est désormais arrivée à son terme. La grandeur morale et éthique, ça compte!». Pour Gary Bauer, ancien conseiller du président Ronald Reagan, ce scandale est «l’équivalent d’une marée noire culturelle. Sauf que ce ne sont pas les otaries qui s’échouent sur le rivage, ce sont nos enfants». Si certains orateurs ont appelé à la prière et à ne pas rire des malheurs du président, d’autres se sont fendus de références bibliques, en appelant à la «justice de Dieu» ou au «Lion de Judas». Mais c’est finalement le sénateur du New Hampshire, Bob Smith, qui s’est taillé un franc succès, déclenchant l’hilarité dans la salle, avec sa suggestion de rebaptiser Washington «Rodham et Gomorrhe», allusion au nom de jeune fille d’Hillary Clinton, celle-là même qui avait vu dans l’affaire Lewinsky un vaste «complot de l’extrême-droite».
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