Report d’une mission franco-russe à bord de Mir, ajournement probable du prochain envoi d’un vaisseau de ravitaillement Progress… La crise financière dans laquelle s’embourbe la Russie risque bien de remettre aux calendes grecques le lancement des premiers éléments de la future Station spatiale internationale (ISS). La consigne reste «en avant toute» pour le 20 novembre, souligne James Hartsfield, un porte-parole de l’agence spatiale américaine (NASA) joint par téléphone au centre Johnson, à Houston (Texas). A cette date, une fusée russe Proton doit mettre en orbite le bloc cargo multifonctionnel de 20 tonnes, baptisé FGB ou Zarya, première pièce d’un monstrueux meccano de 462 tonnes. Il sera suivi par un nœud de connexion emmené le 3 décembre par une navette américaine. Puis, en avril 1999, doit être lancé le module de service, qui devra abriter les premiers équipages et assurer le maintien de l’ensemble à l’altitude désirée. Ce module de quelque 300 millions de dollars est le talon d’Achille d’ISS: sans lui, l’embryon de deux éléments placé en orbite fin 1998 retomberait sur terre environ 500 jours après son lancement. Or, malgré les assurances réitérées de Moscou, sa construction à l’usine de la société Khrounitchev traîne sérieusement. Le retard dans sa mise au point a déjà été à l’origine de plusieurs reports dans le lancement d’ISS. Moscou a promis à plusieurs reprises de débloquer les fonds nécessaires pour terminer le module à temps. Mais, au fil des mois, les responsables spatiaux américains ont perdu espoir. L’administrateur de la NASA, Daniel Goldin, a même lancé en août un appel à la Maison-Blanche, demandant le déblocage de 510 millions de dollars pour mettre les Russes sur la touche et fournir à leur place les systèmes essentiels. Il a essuyé un refus. Le programme a en effet déjà coûté cher au contribuable américain, son budget dépassant déjà de 20% les estimations de 1995, avec un bond à 95,6 milliards de dollars. Solutions de rechange Mais la NASA n’a aucune intention d’abandonner le projet au milieu du gué: «Nous préparons des solutions de rechange», souligne James Hartsfield. Parmi celles-ci figure la possibilité de maintenir la station en orbite, en la remontant de temps à autre à l’aide de navettes spatiales, et l’achat de vaisseaux Soyouz. Les Etats-Unis seraient en effet prêts à acheter deux Soyouz pour un prix total de 100 millions de dollars… la somme nécessaire aux derniers travaux sur le module de service. Si la Russie donne l’assurance que le module de service sera prêt pour «avant septembre 1999, nous continuerons à prévoir un lancement en novembre» pour le premier élément d’ISS, a récemment déclaré un des responsables de la NASA pour les vols spatiaux, Joseph Rosenberg. «Si c’est plus tard, nous pourrions changer» les dates. Dans ce contexte, des décisions essentielles seront sans doute prises fin septembre, lors de la prochaine réunion à Moscou des membres du projet (Russie, Etats-Unis, Europe, Japon, Canada).(AFP)
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