Alors que l’affaire Lewinsky fait rage à Washington, le décalage apparaît plus important que jamais entre l’opinion publique américaine d’un côté, le monde politique et les médias de l’autre. Les Américains, plus préoccupés par leur retraite ou l’éducation de leurs enfants, le répètent à longueur de sondage. Ils ne veulent pas d’une destitution ou d’une démission de Bill Clinton, et même s’ils jugent l’homme privé de plus en plus méprisable, ils apprécient sa conduite des affaires du pays, notamment la bonne santé de l’économie. Dans un nouveau sondage CBS News/ New York Times, 62% disent apprécier le travail du président (contre 56% en janvier). 58% sont opposés à une destitution, et 32% seulement pensent qu’il serait mieux pour le pays que M. Clinton démissionne. Plus des deux tiers (68%) pensent que l’enquête du procureur Kenneth Starr sur la liaison du président avec Monica Lewinsky a été une perte de temps et d’argent. Un autre sondage CNN/ USA Today Gallup réalisé lundi et mardi montre que 45% souhaitent un simple vote de censure du Congrès, 27% une destitution et 24% ne veulent aucune action. Le décalage est «plus grand que jamais» entre le monde politique et l’opinion publique, reconnaît le directeur de l’institut de recherches Pew sur le peuple et la presse, Andrew Kohut, joint par téléphone. Trahison Selon lui, la classe politique se sent «trahie» par M. Clinton, «insultée que le président leur ait menti», alors que les Américains sont beaucoup plus «cyniques sur ce qui se passe à Washington. Le public pense qu’on y ment beaucoup. Croyez-le ou non, la classe politique est moins cynique que les Américains ordinaires», dit-il. Ces derniers sont «las du scandale», estime pour sa part Karlyn Bowman, qui étudie les sondages pour l’institut conservateur American Entreprise. «Ils ne vont pas s’intéresser aux détails, alors que l’élite pense qu’ils sont très préjudiciables» au président, explique-t-elle. «L’opinion publique est la seule qui ait gardé son calme, faisant la distinction entre la vie privée (de M. Clinton) et sa conduite des affaires du pays», explique également Allan Lichtman, expert politique de l’American University. Sur Internet, certains sites incitent désormais les Américains à écrire à leurs élus et aux médias pour leur demander de s’intéresser à des «questions plus sérieuses» que l’affaire Lewinsky. Mais visiblement, ni les uns ni les autres n’y sont prêts. «Il y a tellement de compétition entre les médias. Personne ne veut être le premier à décrocher, explique Alan Lichtman. Tout le monde est pris dans la même folie médiatique, le «New York Times» est en compétition avec les tabloïds, le Drudge Report (feuille de potins sur Internet ayant «sorti» plusieurs histoires) ou les incessants talk-shows télévisés...». Le contexte des prochaines élections parlementaires de novembre n’arrange rien. Les républicains espèrent capitaliser sur le scandale, et dans une Amérique apparemment de plus en plus soucieuse de «morale», les démocrates inquiets ne savent pas sur quel pied danser. En dépit des sondages, ils ne se sont guère précipités pour défendre leur président. Ils n’ont, dit Alan Lichtamn, «pas confiance dans le public, et continuent de penser qu’il ne peut que changer d’avis». (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Alors que l’affaire Lewinsky fait rage à Washington, le décalage apparaît plus important que jamais entre l’opinion publique américaine d’un côté, le monde politique et les médias de l’autre. Les Américains, plus préoccupés par leur retraite ou l’éducation de leurs enfants, le répètent à longueur de sondage. Ils ne veulent pas d’une destitution ou d’une démission de Bill Clinton, et même s’ils jugent l’homme privé de plus en plus méprisable, ils apprécient sa conduite des affaires du pays, notamment la bonne santé de l’économie. Dans un nouveau sondage CBS News/ New York Times, 62% disent apprécier le travail du président (contre 56% en janvier). 58% sont opposés à une destitution, et 32% seulement pensent qu’il serait mieux pour le pays que M. Clinton démissionne. Plus des deux tiers (68%)...