«Les 1.100 jours qui ont changé le Moyen-Orient», du principal négociateur israélien des accords d’Oslo, Uri Savir, fait le récit détaillé des trois années (1993-96) de tractations complexes, qui ont pour la première fois jeté les bases des relations entre l’Etat hébreu et l’entité palestinienne. Loin de croire, comme certains, y compris parmi les protagonistes, que le processus d’Oslo est moribond, voire qu’il était condamné dès le départ en raison de ses imperfections, l’auteur, dont le livre sort jeudi en librairie, écrit que cet accord est au contraire «révolutionnaire». «Bien que la méfiance et les conflits n’aient pas disparu, le processus qui s’est amorcé à Oslo finira par peser sur l’avenir du Moyen-Orient», estime ce proche collaborateur du dirigeant travailliste Shimon Pérès, qui fut pendant ces trois années cruciales directeur du ministère des Affaires étrangères. «Oslo ne peut pas mourir, car il a changé la nature des relations entre Israéliens et Palestiniens. Un conflit existentiel est devenu une relation politique», a-t-il expliqué à quelques journalistes lors d’un passage à Paris au moment où l’on célèbre l’anniversaire de ces accords. Insistant tout au long de son récit sur les éléments-clé que furent la «confiance» et surtout le «partenariat» entre Israéliens et Palestiniens durant ces trois années, l’auteur reconnaît, parfois à demi-mots, les faiblesses des accords signés. «Le fait que l’approche d’Israël soit dictée par l’armée faisait invariablement primer les considérations immédiates concernant la sécurité, de sorte que le processus politique était fondamentalement subordonné aux nécessités militaires à court terme», note-t-il. Il cite l’exemple de la «discussion interne tenue à Tel-Aviv» concernant la réponse à apporter à l’exigence palestinienne d’une télévision et d’une radio nationales. Au cours de cette rencontre, «huit participants sur dix étaient des officiers» israéliens qui craignaient «l’utilisation de ces médias à des fins de propagande». Autre faille, selon M. Savir: les accords économiques élaborés à Paris qui mettent les Palestiniens, toujours au nom de la sécurité d’Israël, dans une situation de dépendance. «La grande faiblesse de ces trois ans de négociations, c’est qu’on n’a pas su faire suffisamment comprendre leur signification à l’homme de la rue», écrit-il avec le recul du temps. Evoquant l’avenir, Uri Savir cite le conseil qu’il a donné à son «ami», le négociateur palestinien Abou Ala, après l’échec des travaillistes aux élections: «Efforce-toi de faire la paix avec le nouveau gouvernement», car «Oslo est un héritage problématique qui contredit son idéologie sur la Terre d’Israël, sa conviction qu’Israël est en butte à une hostilité constante et que la paix ne peut être obtenue que par la dissuasion». Essentiellement consacré aux tractations avec les Palestiniens, l’ouvrage d’Uri Savir contient un chapitre riche en détails sur un dossier essentiel mais peu évoqué du processus de paix: les négociations infructueuses avec la Syrie, élément-clé d’une éventuelle paix régionale. En tant que chef de la délégation israélienne à ces pourparlers, M. Savir souligne que «l’intéressant dans l’analyse régionale syrienne, c’était son point de vue stratégique de l’effet de paix sur les rapports fondamentaux dans la région», notamment en ce qui concerne la place de l’Iran et de la Turquie, et le rôle des Etats-Unis. (AFP)
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