La Chine a continué à caracoler largement en tête des pays qui appliquent la peine de mort, avec au moins 1.876 exécutions recensées l’an dernier par Amnesty International, soit plus que l’ensemble des exécutions dans le reste du monde. La Chine a également condamné à mort au moins 3.152 personnes au cours de la même période, précise l’organisation basée à Londres dans un communiqué diffusé à Pékin. Ces chiffres représentent toutefois une baisse sensible par rapport à 1996, une année exceptionnelle marquée par une campagne de lutte contre la criminalité, mais ils sont comparables, note Amesty, à ceux des trois années précédentes. En 1996, les exécutions avaient connu une véritable explosion à la suite du lancement d’une campagne intitulée «Frapper fort contre la criminalité» avec, selon Amnesty, au moins 4.367 exécutions et 6.100 condamnations à mort, soit une moyenne de 17 par jour. Avec 60 condamnations à mort par semaine en 1997, la Chine reste toutefois largement en tête des pays qui appliquent la peine de mort, loin devant l’Iran qui arrive en seconde position avec 143 exécutions l’an dernier. La diffusion du rapport d’Amnesty survient alors que le haut commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme Mary Robinson effectue actuellement une visite historique en Chine, destinée notamment à mieux sensibiliser les dirigeants chinois sur la question des droits de l’homme. «Les chiffres de 1997 sont des minimas absolus, basés sur les cas que les autorités chinoises ont décidé de rendre publics», explique Catherine Baver, une experte sur la Chine au sein d’Amnesty. «Nous pensons que les chiffres réels sont nettement plus élevés», ajoute-t-elle, en déplorant un changement notable dans la façon de rapporter les exécutions dans la presse chinoise l’an dernier. C’est ainsi, explique-t-elle, que les journaux chinois — qui constituent la principale source d’information pour Amnesty — utilisent désormais des termes très vagues, tels «qu’un groupe de criminels a été exécuté» sans préciser leur nombre, contrairement aux informations chiffrées très précises quoique très ponctuelles qu’il était possible d’obtenir dans le passé. Au-delà des chiffres, Amnesty exprime également sa préoccupation devant le manque de «véritables garde-fous» face aux abus de la police ou aux risques d’erreurs judiciaires, dénonçant pêle-mêle les «confessions obtenues par la torture», «l’absence d’accès à un véritable conseil juridique» et «la rapidité indécente avec laquelle certains procès sont menés». Malgré la révision du code pénal, le nombre de crimes passibles de la peine de mort n’a pas diminué, note Amnesty, même si quelques progrès ont été faits en matière de définition des «circonstances particulièrement sérieuses» pouvant justifier la peine de mort dans des affaires de vol. Les condamnations à mort pour vol représentent environ un tiers des condamnations à mort, selon diverses estimations. Amnesty cite ainsi le cas de 662 personnes condamnées à mort pour trafic ou détention de drogue dont 437 ont été exécutées en juin dernier. L’organisation cite également des cas de condamnations à mort pour incitation à la prostitution, fausses fractures ou vol d’objects anciens. La presse chinoise de Hong Kong avait même rapporté en février dernier le cas d’un officier de police exécuté pour avoir conduit en état d’ivresse. Le quotidien des lois a pour sa part rapporté mardi que sept personnes avaient été exécutées récemment dans la province orientale du Fujian pour avoir enlevé et vendu une femme et deux enfants. La sentence a été exécutée le jour même du jugement, a précisé le journal. (AFP)
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