L’effondrement financier en Russie suscite des craintes d’un «hiver nucléaire» économique dans l’ex-bloc soviétique, dont les dirigeants cherchent désespérément à protéger leur pays des retombées de la crise. Des républiques baltes à l’Ukraine, en passant par le Belarus, la situation en Russie a déjà causé des vagues d’achats de panique, des tensions monétaires et des licenciements. Les pays les plus touchés sont ceux qui entretiennent les liens économiques les plus étroits avec Moscou. Comme la Russie, l’Ukraine a été forcée vendredi dernier à une dévaluation de facto de sa monnaie, la hryvnia, et à la suspension des échanges interbancaires de devises. Kiev doit aussi avaler une sévère potion d’austérité en échange de l’assistance du Fonds monétaire international (FMI), mais les analystes craignent cependant une chute de 30 à 40% de la hryvnia face au dollar qui, si elle se réalisait, pourrait conduire à une répétition de l’effondrement financier russe. Au Belarus, dont le président Alexandre Loukachenko est un critique de longue date de la conversion de Moscou à l’économie de marché, le rouble belarus a fondu en cinq jours de 120.000 à 300.000 roubles pour un dollar sur le marché interbancaire. Les particuliers ont retiré 71,4 milliards de roubles belarus du système bancaire depuis la fin août et se sont lancés dans une frénésie d’achats pour échanger leurs économies contre des appareils ménagers occidentaux et des téléviseurs. Avec la flambée des prix, les magasins ont commencé à rationner les biens de première nécessité comme le sucre. Même les pays baltes, qui se sont tournés vers l’Ouest depuis leur indépendance, en 1991, redoutent la crise car 20% de leurs exportations sont encore destinées à la Russie. «La crise russe a dépassé les frontières de la Russie il y a longtemps et il faut parler aujourd’hui d’un choc qui frappe le marché est-européen tout entier», déclare le président de la Confédération de l’industrie lituanienne, Bronsislovas Lubys. Si la crise dure jusqu’au début de 1999, la Lituanie perdra des exportations d’une valeur de 250 millions de dollars, estime-t-il. «Si elle dure six mois, le chômage augmentera de 20% en Lituanie». En Estonie, les laiteries United Dairies ont fermé mercredi une usine et mis au chômage 40% du personnel parce que les clients ne pouvaient plus payer leurs factures. Le président moldave Petru Lucinschi a profité lui d’une visite d’Etat du président français Jacques Chirac vendredi pour demander son aide afin d’obtenir des crédits des institutions internationales. «Il sera très difficile pour nous de faire face à la crise sans soutien de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international», a admis M. Lucinschi. Dans d’autres pays de la Communauté des Etats indépendants (CEI), l’avenir apparaît moins sombre. Le Kazakhstan, affecté par la baisse des cours du pétrole et des matières premières, craint les effets qu’aurait une crise prolongée sur son commerce mais ses responsables continuent à minimiser l’impact de la crise russe. Bakou met en avant la faiblesse de sa dette extérieure et le sous-développement de son marché financier pour justifier ce relatif optimisme. Les mêmes arguments sont avancés en Arménie, en Georgie et au Tadjikistan. En Allemagne même, des économistes craignent que la crise russe ne fasse disparaître jusqu’à 50.000 emplois dans l’ancienne Allemagne de l’Est, a rapporté dimanche le journal Bild am Sonntag. (AFP-Reuters)
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