Le Soudan du président Omar El Bechir s’estime victime d’une agression américaine injustifiée pour laquelle il recherche une condamnation au moins morale de Washington alors qu’il s’efforce depuis plusieurs mois de réintégrer la Communauté des nations. «Nous sommes des victimes des Etats-Unis», a assuré le président El-Bechir. Nous nous réservons le droit de riposter de façon légale», faute de moyens de pouvoir combattre militairement les Etats-Unis, a-t-il ajouté. Convaincu que les Etats-Unis ont commis une erreur en détruisant jeudi la principale usine pharmaceutique du pays soupçonnée de produire des gaz toxiques, le Soudan en appelle à la communauté internationale pour enquêter sur les activités de l’usine et assurer que Khartoum n’a plus rien à voir avec le terrorisme international. Pour plaider sa cause, l’administration soudanaise organise conférence de presse sur conférence de presse, distribue généreusement une multitude de documents aux dizaines de journalistes dont l’entrée dans le pays a été largement facilitée ces derniers jours. L’assimilation par Washington du Soudan actuel à l’Afghanistan des Taliban semble réduire à néant tous les efforts récents pour réintégrer le pays dans le concert des nations, estiment les analystes sur place. Le Soudan d’aujourd’hui se veut un Etat de droit même si, souligne le ministre de l’Information Ghazi Salaheddine Atabani, il a sa propre vision politique du monde, notamment en matière de droits de l’homme. Il a expulsé Oussama Ben Laden considéré par Washington comme le principal responsable des récentes attaques contre les intérêts américains, notamment des attentats contre les ambassades de Nairobi et de Dar es-Salaam. Sur le plan politique, une certaine opposition est tolérée. Khartoum a proposé l’année dernière le droit à une forme d’autonomie pour le sud Soudan en rébellion ouverte depuis 15 ans. L’ambassade des Etats-Unis, dans le sud de la capitale soudanaise, aujourd’hui vide de diplomates, fait l’objet d’une protection policière particulière comme s’il s’agissait de ménager l’avenir. Malgré tous ses efforts, le Soudan reste considéré comme un Etat abritant, soutenant, voire finançant le terrorisme international. Il figure dans toutes les premières places de la liste noire américaine des Etats-Unis soutenant le terrorisme, ce qui le rend suspect à nombre d’alliés de Washington, notamment l’Egypte. Khartoum entretient des relations complexes avec Le Caire avec qui il partage le Nil et une longue frontière. En 1995, l’Egypte avait pointé du doigt le Soudan après l’attentat contre le président Hosni Moubarak, à Addis-Abeba, lors d’un sommet de l’OUA. Aujourd’hui, M. Bechir accuse implicitement son voisin égyptien d’avoir laissé décoller de son sol des avions américains pour bombarder l’usine de médicaments. Cette usine, selon la thèse officielle, a été détruite par des bombes lancées d’avions et non par des missiles tirés depuis la mer Rouge comme l’assurent les Etats-Unis. Elle assurait la production de la moitié de la consommation en médicaments du pays, selon Khartoum, et avait été autorisée par l’ONU, en janvier dernier, à exporter vers l’Irak. Autant de preuves, selon les autorités locales, qu’elle ne fabriquait rien d’autre que des médicaments. Une preuve relative toutefois, les chimistes sachant combiner de toutes manières possibles des produits entrant dans la fabrication des médicaments. Ce qui, aux yeux des Soudanais, peut rendre suspecte toute usine pharmaceutique partout dans le monde. (AFP - Reuters)
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