Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont placé la balle dans le camp de la Libye en acceptant lundi que deux suspects libyens dans l’attentat de Lockerbie soient jugés aux Pays-Bas, une idée libyenne proposée depuis trois ans et appuyée par de nombreux pays. Revenant sur leur exigence de les extrader vers les Etats-Unis ou l’Ecosse, Washington et Londres ont annoncé simultanément avoir proposé à Tripoli de juger aux Pays-Bas les deux suspects libyens dans l’attentat de Lockerbie (270 morts en 1988) devant une cour écossaise et selon la loi écossaise. Le Conseil de Sécurité de l’ONU avait imposé en 1992 un embargo aérien et militaire à la Libye, renforcé en 1993 par des sanctions économiques et diplomatiques, en raison de son refus d’extrader les deux suspects. Lundi, le secrétaire d’Etat américain Madeleine Albright a sommé Tripoli de répondre incessamment à leur offre qui est «à prendre ou à laisser». Il s’agit, a-t-elle affirmé à Washington, de «mettre la Libye au pied du mur». Le secrétaire au Foreign Office Robin Cook, moins abrupt dans ses propos, a estimé que tout dépendait dorénavant de Tripoli. «Depuis des années, la Libye a promis qu’elle accepterait une cour sans jury, dans un pays tiers. Cette option est désormais ouverte», a-t-il dit à Londres. «Si cette proposition est conforme à la proposition arabe et libyenne de juger les (suspects) à La Haye par des juges écossais et selon la loi écossaise, ce serait le début de la solution de cette crise», a estimé le secrétaire général de la Ligue arabe, M. Esmat Abdel Méguid. Les sanctions «La Libye et la Ligue arabe sont en principe d’accord mais nous avons besoin de connaître les détails, en particulier savoir s’il y a des conditions», a déclaré M. Abdel Méguid qui s’est rendu plusieurs fois à Londres pour défendre cette position. M. Abdel Méguid a reçu hier l’ambassadeur de Grande-Bretagne au Caire, Sir David Blatherwick, qui devait lui présenter les détails de la proposition américano-britannique. La Cour Internationale de Justice avait accepté en février de statuer sur le litige opposant la Libye à Londres et Washington, ce qui avait renforcé les appels à la levée des sanctions et à un procès dans un pays neutre. La Ligue arabe, l’Organisation de la conférence islamique, les Non-Alignés et l’Organisation de l’unité africaine (OUA) s’étaient joints à ces appels. Selon des diplomates occidentaux à l’ONU, le revirement américano-britannique survient à quelques jours de l’ouverture en Afrique du Sud du sommet des Non-Alignés. Selon un diplomate européen à Tripoli, Washington et Londres ont peut-être voulu prévenir «un effondrement du régime des sanctions, puisque plusieurs chefs d’Etat africains ont déjà violé l’embargo aérien. C’est l’une des raisons plausibles». Les dirigeants libyens auront du mal à refuser l’offre, même si elle est «formulée en termes vifs, alors qu’ils font tout pour lever l’embargo», a-t-il déclaré. Au lendemain de l’annonce en juillet que Washington et Londres envisageaient la possibilité d’un procès dans un pays tiers, Me Ibrahim Legwell, l’avocat des deux suspects, Abdel Basset Ali el-Megrahi et al-Amine Khalifa Fhimah, avait souligné les conditions d’«un jugement équitable, dans un pays neutre». Selon lui, il faudrait «un tribunal et des juges impartiaux, sur lesquels on tomberait d’accord, avec les garanties juridiques sur les droits des deux clients avant, pendant et après le procès». Il ne précisait pas si Tripoli acceptait des juges écossais, ce qui avait laissé craindre un certain recul de la Libye. (AFP-Reuters)
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