Plusieurs personnes ont été tuées et 300 autres sont portées disparues parmi les employés de l’usine pharmaceutique bombardée jeudi soir à Khartoum par les Etats-Unis, selon le gouverneur de l’Etat de Khartoum, M. Majzoub Khalifa. «Des décès et des blessés parmi les employés de l’usine qui travaillaient dans l’équipe du soir lors du bombardement ont été signalés et le mystère règne toujours sur le sort de 300 travailleurs, parmi lesquels des pharmaciens et des techniciens», a déclaré le gouverneur cité par le quotidien «Alwan». L’usine, que Washington accuse de servir à fabriquer des armes chimiques, a été totalement détruite et l’incendie qui l’a ravagée après la frappe n’a été maîtrisé qu’à l’aube, a rapporté la télévision. Dans un discours télédiffusé, le président Omar Béchir a affirmé que Khartoum se réservait le droit de déposer une plainte contre Washington au Conseil de Sécurité de l’ONU et réclamerait «une commission d’enquête pour vérifier la nature de l’activité de l’usine». «Nous avons des preuves indéniables démontrant que l’usine d’al-Chifaa était uniquement destinée à la fabrication de produits pharmaceutiques», a-t-il dit. Soulignant que Washington s’est opposé au régime islamiste de Khartoum dès qu’il est arrivé au pouvoir, en 1989, il a accusé le président américain Bill Clinton d’avoir voulu «masquer» le scandale Lewinsky et l’échec de ses services de renseignements à prévenir les attentats anti-américains du 7 août à Nairobi et Dar es-Salaam. Des avions Le ministre de l’Information, Ghazi Salaheddine Atabani, a qualifié l’attaque d’«acte criminel» et indiqué que le cabinet était en train de «décider des mesures à prendre conformément au droit international» pour «riposter à l’agression américaine». M. Atabani a précisé que le raid n’avait eu pour objectif que l’usine d’al-Chifaa, totalement privée et propriété, selon lui, d’un homme d’affaires soudanais, Salah Idriss. La télévision avait au départ évoqué «plusieurs sites stratégiques» visés. Parallèlement, la télévision a montré une foule importante escaladant, quelques heures après la frappe, les murs de l’ambassade américaine à Khartoum, fermée depuis les attentats du 7 août. Aux cris de «A bas l’Amérique» et «Dieu est grand», les manifestants ont brûlé le drapeau américain qui flottait encore dans l’enceinte de la représentation américaine, avant de se disperser. La télévision a lancé une campagne de mobilisation contre «l’agression injuste» et diffusé toute la nuit des chants patriotiques et religieux. Selon le porte-parole de l’armée soudanaise, le général Abdel Rahman Siral, l’attaque a été menée par cinq avions américains et non avec des missiles de croisière tirés depuis des navires de l’US Navy comme l’a annoncé le Pentagone. M. Atabani a évoqué deux avions américains qui ont tiré cinq missiles après avoir largué des bombes éclairantes. Selon le général Siral, les avions avaient été repérés une heure avant l’attaque volant à basse altitude, à 450 kilomètres au nord de Khartoum. Ils se sont dirigés vers le sud après avoir brouillé les radars et ont quitté l’espace aérien soudanais après l’attaque. Neurotoxique Selon la Maison-Blanche, l’usine d’al-Chifaa produisait un composant essentiel à la fabrication de gaz neurotoxique VX. Le conseiller à la Sécurité nationale, Sandy Berger, a déclaré au cours d’une conférence de presse que l’usine pharmaceutique située dans les faubourgs de Khartoum faisait en réalité partie de la machine militaire soudanaise. «Nous savons que Ben Laden et ses hommes ont tenté de se procurer des armes chimiques. Vous savez qu’il entretient des relations particulièrement étroites avec le gouvernement du Soudan», a-t-il dit.
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