Une nouvelle souche du virus du SIDA, génétiquement proche de celle qui infecte les chimpanzés — mais très différente de celles qui circulent dans les pays occidentaux — a été isolée au Cameroun. Les chercheurs français — dont la découverte est publiée mardi dans le mensuel scientifique américain «Nature Medicine» estiment que les risques de contamination par cette nouvelle souche sont minimes, compte-tenu de la position dominante déjà prise par les autres souches. En dépit de son appartenance à la famille du VIH 1 — le plus dangereux des deux virus du SIDA connus à ce jour — la nouvelle souche virale ne semble pas constituer une menace épidémiologique, «même s’il est certain qu’elle ne restera pas cantonnée à l’Afrique», souligne le Pr Simon Wain-Hobson, chercheur de l’unité de rétro-virologie moléculaire de l’Institut Pasteur de Paris. «Rien ne permet de dire que cette nouvelle souche ne pourra pas générer une pandémie» (une épidémie planétaire), «mais c’est plutôt un oiseau rare», ajoute-t-il dans un éditorial accompagnant l’article de ses collègues. «Cette découverte est surtout importante pour la compréhension de la maladie car elle renforce l’hypothèse qu’entre les primates humains et non-humains, le passage des virus est continu et qu’il n’existe pas de barrière entre espèces», a indiqué mardi le Dr François Simon, virologue à l’hôpital Bichat de Paris et auteur principal de ce travail. Elle est aussi, selon les spécialistes, une illustration de l’extrême adaptabilité du virus et de sa capacité à se diversifier constamment. A ce jour, deux virus du SIDA distincts ont été identifiés, le VIH 1 dans la région africaine des Grands Lacs, le VIH 2 en Afrique de l’ouest. Ce dernier, plus «indolent» que l’autre, a largement été supplanté par son «frère». Pour ces deux virus, deux souches étaient connues, celles du groupe «M» (pour majeur) et celles du groupe «O», pour others (autres). Le nouveau variant (la nouvelle souche) découvert au Cameroun est un «dérivé» du VIH 1, qui est le principal responsable de l’épidémie de SIDA que connaît la planète. Il se situe entre les variants «M» et «O» et a, pour cette raison, été baptisé «N» par son découvreur. «Les virus «M» sont si répandus qu’il est difficile d’imaginer que les «O» ou les «N» puissent prendre la tête, mais on peut prédire que la souche «O» va se disséminer suffisamment pour compliquer les diagnostics», estime le Pr Wain-Hobson. La souche VIH 1-0 n’est pas encore détectable avec les tests habituellement utilisés dans cette maladie, mais si elle n’est «ni plus méchante, ni plus gentille que les autres, sa fréquence est extrêmement rare», indique pour sa part le Dr Simon. Le nouveau variant a été découvert lors de l’examen systématique de sérums prélevés sur 700 personnes porteuses du virus: 87% des sérums appartenaient au groupe «M», 9% au groupe «O» et, sur la proportion restante, moins de 0,4% ressemblait au groupe «N». Des examens plus affinés ont montré que, pour l’instant, la souche «N» n’a été retrouvée avec certitude qu’en un seul exemplaire, chez une Camerounaise de 40 ans, morte du SIDA à Yaoundé, en 1995. Un deuxième cas, portant sur une femme morte en 1997 à Douala, est lui aussi suspecté, mais son séquençage «n’est pas encore terminé», a précisé le Dr Simon. Une enquête de plus grande envergure a été entreprise au Cameroun et au Gabon voisin afin de voir si la nouvelle souche pourrait être plus largement répandue et un réseau de surveillance a été mis en place. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Une nouvelle souche du virus du SIDA, génétiquement proche de celle qui infecte les chimpanzés — mais très différente de celles qui circulent dans les pays occidentaux — a été isolée au Cameroun. Les chercheurs français — dont la découverte est publiée mardi dans le mensuel scientifique américain «Nature Medicine» estiment que les risques de contamination par cette nouvelle souche sont minimes, compte-tenu de la position dominante déjà prise par les autres souches. En dépit de son appartenance à la famille du VIH 1 — le plus dangereux des deux virus du SIDA connus à ce jour — la nouvelle souche virale ne semble pas constituer une menace épidémiologique, «même s’il est certain qu’elle ne restera pas cantonnée à l’Afrique», souligne le Pr Simon Wain-Hobson, chercheur de l’unité de...