Des professeurs peu ou pas payés, des parents qui font des achats à la sauvette pour ne pas entendre les enfants réclamer les cahiers d’importation devenus trop chers: la rentrée scolaire, mardi en Russie, est placée sous le triste signe de la crise. L’habituelle atmosphère de fête qui règne à la veille de la rentrée dans l’un des grands magasins moscovites de fournitures scolaires a disparu cette année. Les enfants sont très peu nombreux à s’extasier devant les rayons lourds de cartables et de gadgets colorés, importés pour la plupart. «Les parents viennent seuls, pour ne pas entendre leurs enfants réclamer les cahiers et les plumiers d’importation», témoigne Anna, une vendeuse d’un magasin du centre de Moscou. «Pour le moment, les prix des fournitures n’ont pas bougé, mais il est certain que les prix des prochaines séries vont augmenter. On ne sait pas encore de combien», poursuit Anna. «Les cahiers chez nous coûtent 40 kopecks, alors qu’on trouve les mêmes jusqu’à cinq roubles au marché, mais il n’y a pas de vraie spéculation, les parents n’achètent pas beaucoup», constate Elena, une autre vendeuse, dans un magasin d’Etat où les marges bénéficiaires sont minimes. Selon elle, ce sont des entreprises qui envoient leurs employés acheter du matériel scolaire à bas prix, en guise de matériel de bureau. «C’est dommage que les entreprises profitent des prix réduits établis pour les écoliers», déplore Elena. Les Russes, surpris par la dévaluation du rouble et par la fermeture des banques, sont à cours d’argent depuis plusieurs jours, et certains épargnants ont perdu des sommes importantes. «L’Etat a trompé ses employés, qui touchent de petits salaires en roubles», se plaint Alexandre, 49 ans, venu acheter des cahiers pour son fils. «Je vais acheter le strict nécessaire, pas plus. Nous avons décidé d’investir notre argent dans les produits alimentaires qui se conservent: le lait, la viande, les conserves...». «Si les cahiers deviennent trop chers, notre fils pourra s’en passer, alors qu’on ne peut pas se passer de manger», renchérit l’épouse d’Alexandre, Alina, 49 ans. «Il pourra même écrire entre les lignes dans les journaux, comme pendant la guerre», plaisante-t-elle. Lundi, lors d’un débat à la Douma (Chambre basse du Parlement), le chef du Parti communiste a dénoncé le gouvernement qui, «dans de nombreux cas, n’a pas versé les salaires des professeurs pendant les vacances, ces enseignants qui recommencent demain (mardi) à enseigner à nos enfants, et qui ne sont pas payés». Natacha, professeur de littérature russe dans un lycée de Moscou, touche 500 roubles par mois. Au cours de lundi, son salaire équivalait à environ 50 dollars. Les mieux payés de ses collègues gagnent jusqu’à 1.000 roubles. «On se sent oppressés», dit-elle, à la veille de retrouver sa salle de classe. «Cet été, moi j’ai été payée, mais au printemps dernier, nous avons passé deux mois sans toucher de salaire»... Heureusement, les enfants restent les plus optimistes: Vova et Guennadi, deux garçons de 9 ans, font leurs emplettes tous seuls dans un grand magasin. Ils attendent avec impatience le 1er septembre: «Je veux revoir tous mes copains de classe, même les filles», dit Vova, souriant: «La dévaluation? Ça m’est égal». (AFP)
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