Une nouvelle fois, le processus de paix en Angola est dans l’impasse et connaît, selon l’ONU, «sa plus grave crise» depuis la signature en novembre 1994 d’un protocole d’accord entre le gouvernement et l’ex-rébellion armée de l’UNITA, censé mettre un terme à près de vingt ans de guerre civile. Une crise encore aggravée au cours des dernières semaines par la déstabilisation du Congo démocratique voisin, où le gouvernement a choisi de combattre aux côtés du régime de Laurent Désiré Kabila, tandis que l’UNITA est soupçonnée d’avoir passé une alliance avec la rébellion. Face à une recrudescence de la violence depuis mars dernier dans l’intérieur du pays, où des attaques attribuées à l’UNITA ont fait, selon le gouvernement, plus de 650 morts, Luanda avait fixé début août un ultimatum à l’ex-rébellion lui accordant jusqu’à la fin du mois pour rendre les territoires encore sous son contrôle, achever le désarmement de ses combattants et installer ses quartiers à Luanda. Faute de quoi, le pouvoir avait menacé d’expulser du Parlement les 70 députés de l’UNITA et de limoger ses onze ministres et vice-ministres du gouvernement. «Nous n’avons jamais été informés officiellement de cet ultimatum. Nous l’avons appris par la presse», a déclaré à la veille de l’expiration du délai, Horacio Junjuvili, délégué adjoint de l’UNITA auprès de la Commission conjointe chargée de l’application du traité de paix. M. Junjuvili a confirmé, sans entrer dans le détail, que son mouvement souhaitait «négocier» la rétrocession de ses fiefs de Bailundo, Andulo, Nhareya et Mungo, dans le centre du pays. Pour les autres villes, l’UNITA exige que le gouvernement «change ses méthodes». «Nous avons déjà rendu 272 localités. Mais la police y a mené une chasse aux sorcières, traquant nos militants. Nos gens sont discriminés, nos bureaux détruits», a-t-il affirmé. «Nous voulons l’assurance que cela ne se reproduira pas dans les villes qu’il reste à rendre», a-t-il ajouté. Avant la reprise des hostilités en mars, l’UNITA ne contrôlait plus qu’une trentaine de localités mais depuis lors, elle en aurait repris, selon le gouvernement, plus de 90. «Le but du gouvernement, comme celui de la communauté internationale, est de liquider l’UNITA, et non de faire la réconciliation nationale», a accusé M. Junjuvili. La semaine dernière le Conseil de Sécurité de l’ONU avait dénoncé «la tactique dilatoire» de l’UNITA. Déjà soumis à des sanctions internationales, le mouvement de Jonas Savimbi s’est malgré tout offert le luxe de rompre tout dialogue avec les trois pays (Etats-Unis, Russie, Portugal) chargés de veiller au déroulement du processus de paix en Angola, en les accusant de partialité. «Nous leur avons mis un carton jaune», a commenté, goguenard, M. Junjuvili, mais «ils sont patients…», s’est-il félicité, ajoutant: «l’UNITA n’a rien à perdre». Selon lui, les menaces du pouvoir ne sont que «gesticulations» car leur exécution «serait un coup porté au processus de paix», au moment même où vient d’arriver à Luanda le représentant spécial de l’ONU Issa Diallo, chargé de relancer le processus de paix, a-t-il souligné. M. Junjuvili a une nouvelle fois réaffirmé que son mouvement n’était pas responsable du regain de violences dans le pays, l’attribuant à des «bandes armées». «C’est au gouvernement d’assurer la sécurité des populations», a-t-il lancé avant de reconnaître que «la prolifération des armes dans le pays est un vrai problème». Interrogé sur la question du désarmement des troupes de l’UNITA, qui compterait encore selon le gouvernement plus de 30.000 hommes en armes, M. Junjuvili a simplement répondu: «il n’y a pas seulement des armes chez nous, il y en a aussi à Luanda». (AFP-Reuters)
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