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Actualités - Chronologie

Un pari risqué, mais jouable

La dévaluation du rouble, défavorable au monde de la finance, comporte des risques de déstabilisation, mais elle est aussi une chance de résoudre les problèmes de fond de l’économie russe. La situation n’était plus tenable. La Banque centrale dépensait des fortunes pour soutenir le rouble et les taux d’intérêt continuaient à s’envoler, alors que le gouvernement est terriblement endetté. Les autorités russes ont donc lâché le rouble, en élargissant sa fourchette de fluctuation: lundi, la monnaie a perdu 15 à 25% de sa valeur, selon les évaluations des opérateurs. Le pari est risqué. A court terme, la dévaluation va entraîner une reprise de l’inflation. Les produits importés vont devenir plus chers et le porte-monnaie du quidam russe, déjà peu épais, va s’en ressentir: 50% des produits alimentaires consommés en Russie sont fabriqués à l’étranger. Dans la capitale, la proportion est encore plus écrasante (90%). Même la production nationale peut en pâtir. «Renchérissant les importations, qui fournissent aussi des biens intermédiaires, (la dévaluation) renchérit le moteur de la croissance», relève l’économiste français Gérard Wild. De nombreuses banques russes, très fortement engagées sur les marchés de devises et sur celui des obligations d’Etat, risquent en outre de se trouver en situation d’insolvabilité. Enfin, la confiance des prêteurs étrangers et des investisseurs internationaux va être mise à rude épreuve. Mais la Russie n’avait pas le choix. L’Etat s’est enfoncé dans une dette exponentielle, et finissait par emprunter pour payer... ses emprunts. Plus sommairement, il empruntait au marché pour rembourser le marché. Une restructuration de sa dette devenait une urgence. La dévaluation va diminuer considérablement la dette intérieure de la Russie et la restructuration (dont les détails devraient être connus mercredi) va lui permettre de souffler, alors que ce pays cherchait chaque semaine avec bien des difficultés les moyens de faire face à ses échéances. En outre, à terme, l’économie russe pourrait se retrouver gagnante, même si les professionnels de la finance — qui ont joué la stabilité financière — sont perdants. Car pour beaucoup, le gouvernement va pouvoir enfin s’atteler à des problèmes de fond, qui s’aggravent depuis des années malgré la stabilité de la monnaie. «Si le glissement (de la monnaie) est bien maîtrisé, la machine peut repartir» d’ici un à trois ans (en fonction de l’ampleur de la baisse du rouble), estime M. Wild. Car «tout ce qui est bon pour les marchés financiers n’est pas forcément bon pour l’économie russe», résume un économiste occidental. L’Etat a fait son choix en faveur des citoyens russes et des producteurs nationaux, ont expliqué les autorités monétaires en commentant leur virage à 180 degrés. C’est la fin de la période «pendant laquelle les spéculations boursières ont été en Russie l’une des activités les plus rentables». Et, de fait, la production est en baisse depuis plus de six ans. Le léger redressement enregistré en 1997 (PIB en hausse de 0,4%) n’a pu se confirmer, et la production aujourd’hui représente à peine 40% de ce qu’elle était à l’époque soviétique (1989). A peine 30% pour l’industrie légère. Le seul bon point du gouvernement, la maîtrise de l’inflation — avec un rythme annuel de 11% en 1997 contre 2.500% en 1992 — n’est pas parvenue à relancer les investissements: les capitaux sont allés à la spéculation, hors de l’économie réelle. L’Etat ne paie plus ni ses factures aux entreprises ni les salaires du secteur public ni les retraites, le troc a donc retrouvé ses lettres de noblesse (quasi inexistant en 1992, il représente aujourd’hui 50% des transactions). «La dette (notamment dans la sphère sociale) va diminuer, ce qui était indispensable», souligne Marina Ionova, directrice des études de la société de courtage Aton Capital. Et même si instituteurs, médecins ou mineurs voient la valeur réelle de leurs salaires diminuer, «il vaut mieux toucher un million que de s’en voir promettre indéfiniment deux», ajoute-t-elle. Le risque de banqueroute bancaire générale est moins grave qu’en Asie, beaucoup de banques moyennes n’étant en fait que de simples sociétés de courtage, soulignent également les analystes. Le secteur compte aujourd’hui 1.500 établissements, et pourrait même s’assainir en se concentrant autour de quelques grands groupes. (AFP)
La dévaluation du rouble, défavorable au monde de la finance, comporte des risques de déstabilisation, mais elle est aussi une chance de résoudre les problèmes de fond de l’économie russe. La situation n’était plus tenable. La Banque centrale dépensait des fortunes pour soutenir le rouble et les taux d’intérêt continuaient à s’envoler, alors que le gouvernement est terriblement endetté. Les autorités russes ont donc lâché le rouble, en élargissant sa fourchette de fluctuation: lundi, la monnaie a perdu 15 à 25% de sa valeur, selon les évaluations des opérateurs. Le pari est risqué. A court terme, la dévaluation va entraîner une reprise de l’inflation. Les produits importés vont devenir plus chers et le porte-monnaie du quidam russe, déjà peu épais, va s’en ressentir: 50% des produits alimentaires...