Le gouvernement russe a lâché le rouble lundi matin, après avoir résisté des mois à la pression des marchés, et a suspendu ses remboursements de la dette extérieure, provoquant un début de panique à la bourse de Moscou. Le président Boris Eltsine, en vacances dans une résidence à une centaine de kilomètres de la capitale, est revenu d’urgence au Kremlin pour rencontrer son premier ministre Sergueï Kirienko, qui n’a pas exclu un remaniement ministériel dans la journée. Après avoir dépensé trois milliards de dollars ces trois dernières semaines pour défendre sa monnaie, la Banque centrale de Russie (BCR) a cédé lundi matin: le corridor de fluctuation a été élargi et sa limite supérieure fixée à 9,5 roubles pour un dollar contre 7,1 roubles pour le plafond précédent. Pour tous les analystes, il s’agit d’une dévaluation de fait, même si M. Kirienko a réfuté le terme. «C’est une dévaluation de facto mais le gouvernement ne veut pas l’avouer», assure Dmitri Konov, courtier à MFK Renaissance, ajoutant: «Il est difficile de prévoir les conséquences à court terme mais à mon avis l’inflation est inévitable». «C’est un changement complet de politique, renchérit Peter Westin, analyste au Centre russo-européen de politique économique. La défense du taux de change était la pierre angulaire de la politique du gouvernement et de la Banque centrale». Vendredi encore, Boris Eltsine avait annoncé avec assurance qu’une dévaluation était impossible. Depuis novembre 1997, la Banque centrale avait fixé un corridor fluctuant de plus ou moins 15% autour d’un cours pivot. La BCR s’était alors engagée à maintenir le rouble autour de 6,2 pour un dollar sur la période 1998-2000. Lundi, le cours du rouble sur le marché interbancaire s’établissait à 6,43 roubles pour un dollar contre 6,31 vendredi. Mais le cours de lundi ne reflète pas la réalité, car il correspond aux commandes enregistrées en fin de semaine dernière. Selon un opérateur, la valeur réelle tournait autour de 7,7 roubles pour un dollar, ce qui correspondrait à une décote de 18% par rapport à la semaine dernière. Le gouvernement a également annoncé lundi une suspension pour 90 jours des remboursements des crédits étrangers. Quant aux bons du Trésor arrivant à échéance d’ici à la fin de l’année, ils seront re-estimés en fonction du nouveau cours du rouble, a précisé la BCR. Toutes les enchères ont été suspendues. La Bourse de Moscou a connu un moment de panique lundi matin, les actions chutant momentanément de 12%. L’ouverture du marché a été retardé de 45 minutes. En milieu de journée, l’indice RTS était en recul de 2,04%. Cette dévaluation de facto met un terme à des semaines de crise financière en Russie, causée à la fois par les faiblesses structurelles de la Russie — notamment par le poids de la dette publique — et par l’effondrement des marchés asiatiques. Sous pression L’indice de référence RTS, qui tournait autour des 110 points lundi, culminait à 570 points il y a un an. Le rouble était sous pression depuis le printemps, les opérateurs craignant notamment que la Russie ne se retrouve en défaut de paiement. La révision du cours du rouble est un choix en faveur des citoyens russes et des producteurs nationaux, contre ceux qui spéculent sur les marchés, a affirmé le président de la BCR Sergueï Doubinine. «Ces derniers jours, les activités du marché financier et du marché des devises ont dépassé leurs limites et étaient devenues représentatives de mouvements purement spéculatifs», a expliqué M. Doubinine. Selon lui, les mesures annoncées lundi par les autorités monétaires mettront fin à la période pendant laquelle les spéculations boursières ont été en Russie l’une des activités les plus rentables. «L’argent qui circule doit aller dans le secteur de la production et assurer les intérêts des Russes», a souligné le président de la BCR. La dévaluation de facto du rouble a été concertée avec le Fonds monétaire international, selon les autorités russes. Le FMI, pourtant, avait soutenu jusqu’au bout les efforts russes pour maintenir le rouble, notamment en promettant en juillet une aide exceptionnelle de 22,6 milliards de dollars à la Russie, pour stabiliser sa monnaie. Une première somme de 4,8 milliards avait été immédiatement versée, le reste devant être déboursé par tranches dans les mois à venir en fonction des résultats économiques. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le gouvernement russe a lâché le rouble lundi matin, après avoir résisté des mois à la pression des marchés, et a suspendu ses remboursements de la dette extérieure, provoquant un début de panique à la bourse de Moscou. Le président Boris Eltsine, en vacances dans une résidence à une centaine de kilomètres de la capitale, est revenu d’urgence au Kremlin pour rencontrer son premier ministre Sergueï Kirienko, qui n’a pas exclu un remaniement ministériel dans la journée. Après avoir dépensé trois milliards de dollars ces trois dernières semaines pour défendre sa monnaie, la Banque centrale de Russie (BCR) a cédé lundi matin: le corridor de fluctuation a été élargi et sa limite supérieure fixée à 9,5 roubles pour un dollar contre 7,1 roubles pour le plafond précédent. Pour tous les analystes, il s’agit...