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Actualités - Chronologie

Les taliban, créatures de l'apprenti sorcier américain

Armés par le Pakistan et financés par l’Arabie Séoudite avec l’accord des Etats-Unis pour pacifier l’Afghanistan, les Taliban semblent avoir échappé à leurs tuteurs et menacent désormais les intérêts de la Russie et de l’Iran dans la région. Moscou et Téhéran ont manifesté leur inquiétude, dénoncé les visées des «étudiants en théologie», et les ont accusés de perpétrer des massacres ethniques contre les minorités. «On a décidé d’empêcher les Taliban de passer la frontière et je pense qu’on va y arriver», a affirmé vendredi dernier le président russe Boris Eltsine après avoir consulté les dirigeants du Tadjikistan et de l’Ouzbékistan, deux républiques de l’ex-URSS frontalières avec l’Afghanistan. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Kamal Kharazi, a pour sa part dénoncé la conception «erronée» de l’islam prêchée par les Taliban et affirmé qu’elle constituait «une menace pour toute la région». A l’origine de cette crise, soulignent tous les spécialistes, il y a la «position ambiguë» et le «jeu compliqué» joué par les Etats-Unis en Afghanistan. Il y a quatre ans, les Taliban n’existaient pas. Leur mouvement a émergé à l’automne 1994, dans un pays dévasté par la guerre contre les Russes et ingérable en raison des rivalités opposant factions religieuses et seigneurs de la guerre. Mais il faut remonter à la guerre froide pour comprendre le jeu des Etats-Unis. «Devant l’extension du communisme, les Américains ont sciemment joué la carte islamiste pour lui faire barrage», explique François Thual, chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) à Paris. Pas fréquentables «L’URSS a disparu mais ce qu’elle a généré dans la crise afghane est là et aujourd’hui, ça se retourne (contre les Etats-Unis). Vous commanditez un mouvement, vous l’armez et à un moment, vous n’en êtes plus le maîtres», ajoute le chercheur français. Les Taliban ne sont maintenant plus fréquentables et les intérêts économiques en jeu — un projet de pipe-line permettant d’acheminer 20 milliards de m3 de gaz chaque année du Turkménistan sur le Pakistan et de là vers les pays d’Asie — ne comptent plus face à la menace qu’ils représentent. Très remontée depuis l’expulsion des organisations humanitaires de Kaboul, le commissaire européen Emma Bonino interpelle les Américains et leur demande «s’il est réaliste de laisser un pays entre les mains de fanatiques qui sont les plus gros producteurs de drogue au monde et qui entraînent les plus dangereux terroristes». Même la stratégie d’isolement de l’Iran poursuivie par Washington ne justifie plus le soutien aux Taliban, estime pour sa part le Dr Athar Hussain, spécialiste de la «London School of Ecomics». «Les Américains lâcheront les Taliban s’ils vont trop loin, s’ils font peur aux pays d’Asie centrale et à l’Iran», assure François Thual. D’autant que cheikh Omar, leur chef, protège le milliardaire d’origine séoudienne Oussama Ben Laden, ennemi juré des Etats-Unis, considéré comme l’un des possibles commanditaires des attentats commis la semaine dernière contre les ambassades de Nairobi et Dar-es-Salaam. La question est de savoir si quelqu’un peut encore leur dicter leur conduite. Les Taliban doivent leurs derniers succès militaires aux divisions de leurs adversaires et surtout à un considérable soutien logistique du Pakistan. «Mais il est difficile de savoir quel contrôle Islamabad exerce sur eux», souligne Damon Bristow, responsable de la région Asie au Royal United Service Institute (RUSI) de Londres. «Les Taliban vont avoir beaucoup de mal à prendre et à tenir l’ensemble du nord de l’Afghanistan», estiment les spécialistes. Si une intervention militaire directe de la Russie ou de l’Iran semble exclue, un soutien accordé à leurs adversaires peut en revanche changer la donne. «Les succès des offensives (des Taliban) ne marquent pas la fin du conflit. Celui-ci ne cessera qu’avec l’arrêt des ingérences étrangères», analyse un diplomate occidental. (AFP)
Armés par le Pakistan et financés par l’Arabie Séoudite avec l’accord des Etats-Unis pour pacifier l’Afghanistan, les Taliban semblent avoir échappé à leurs tuteurs et menacent désormais les intérêts de la Russie et de l’Iran dans la région. Moscou et Téhéran ont manifesté leur inquiétude, dénoncé les visées des «étudiants en théologie», et les ont accusés de perpétrer des massacres ethniques contre les minorités. «On a décidé d’empêcher les Taliban de passer la frontière et je pense qu’on va y arriver», a affirmé vendredi dernier le président russe Boris Eltsine après avoir consulté les dirigeants du Tadjikistan et de l’Ouzbékistan, deux républiques de l’ex-URSS frontalières avec l’Afghanistan. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Kamal Kharazi, a pour sa part dénoncé la...