Iouri Batourine, grand commis de l’Etat russe et l’un des hommes politiques les plus influents de l’entourage du président Boris Eltsine jusqu’à la mi-1997, a réalisé son rêve: samedi, il a mis le pied sur la station orbitale Mir. Les portes de Mir se sont ouvertes à 12h29 GMT. Le commandant de bord Guennadi Padalka, l’ingénieur Sergueï Avdeïev et M. Batourine ont retrouvé Talgat Moussabaïev et Nikolaï Boudarine, en orbite depuis janvier. Un dîner de fête et 100 grammes de vodka ou de cognac ont animé la soirée de samedi. Le travail n’a commencé que dimanche. Le vaisseau «Soyouz-TM-28» s’est arrimé à Mir à 10h57 GMT. L’arrimage avait commencé en mode automatique, mais le commandant de bord du vaisseau Soyouz a terminé l’opération en mode manuel, sur instruction du TSOUP (centre de contrôle des vols). Alors que Soyouz se trouvait à une dizaine de mètres de la station, le TSOUP a en effet constaté une petite défaillance dans le système de rapprochement entre les deux vaisseaux. Une broutille pour la station qui en a vu d’autres: lancée en 1986, Mir ne devait théoriquement vivre que cinq ans et douze ans plus tard, elle survit mais est usée. L’an dernier, ses défaillances à la chaîne avaient constitué l’un des feuilletons de l’été: fuites et dépressurisation d’un module, pannes d’ordinateur, d’électricité, incendies à bord de Mir… L’équipage arrivé samedi doit être, sauf surprise, l’avant-dernier vol habité en direction de la station orbitale russe, habitée sans interruption depuis 1986. Bête noire des généraux M. Batourine doit notamment préparer un rapport sur l’état exact de Mir, qui doit durer (en principe, et si le gouvernement russe débloque suffisamment de fonds) jusqu’en juin 1999. Réformateur devenu à la tête du Conseil de la Défense la bête noire des généraux opposés à la réduction des forces armées, M. Batourine avait provoqué bien des sourires narquois quand à la mi-1997, on annonçait son intention de s’envoler dans les étoiles. Limogé en août 1997, il abandonna pourtant totalement les dossiers de sécurité nationale et les couloirs du Kremlin pour s’installer à la Cité des étoiles, où il subit l’entraînement de choc des hommes de l’espace. Il perdra 10 kilos et y gagnera l’allure d’un cosmonaute. Une victoire: en début de carrière, il ne réussit pas à intégrer le prestigieux Corps des cosmonautes. Passionné par l’espace depuis son plus jeune âge (diplômé à 24 ans de la faculté d’aérophysique et des recherches spatiales de Moscou), M. Batourine vivra son rêve jusqu’au 25 août, date à laquelle il doit redescendre sur terre avec l’ancien équipage de Mir. Le commandant Guennadi Padalka et l’ingénieur Sergueï Avdeïev resteront à bord pendant six mois. Leur mission prévoit deux sorties en scaphandre: en septembre à l’intérieur du module Spektr, dépressurisé depuis un accident l’an dernier, pour rebrancher des câbles de panneaux solaires, puis en novembre, pour récupérer et remplacer des appareils scientifiques déployés à l’extérieur de la station. Fin février, les cosmonautes Padalka et Avdeïev devraient accueillir la 27e et dernière mission, composée d’un Russe, d’un Français (Jean-Pierre Haigneré) et d’un Slovaque. Deux de ces cinq hommes redescendront début mars. Les autres, dont en principe le spationaute français, seront les derniers habitants de cette station sans précédent dans l’histoire de l’humanité. La direction du Tsoup rêve quant à elle de prolonger la durée de vie de Mir jusqu’à l’aube de l’an 2000, comme cela était prévu jusqu’à juillet dernier. Après, la station pourra se désintégrer et ses débris mourir dans les profondeurs de l’océan Pacifique. (AFP)
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