Il y a trente ans, le 24 août 1968, la France intégrait définitivement le club des cinq grands du nucléaire en faisant exploser sa première bombe H (thermonucléaire) au-dessous de l’atoll de Fangataufa (Polynésie française). Près de seize ans après les Etats-Unis, quinze ans après l’URSS, onze ans après la Grande-Bretagne et quatorze mois après la Chine, la France démontrait ainsi sa capacité à mettre en œuvre une bombe à fusion (bombe H) beaucoup plus puissante que la bombe à fission (bombe A, Hiroshima). La bombe H libère en effet une énergie supérieure aux températures et aux pressions en œuvre au cœur du soleil. Cette explosion (nom de code «Canopus»), huit ans après le premier essai nucléaire français, fut également le tir le plus puissant (près de 2,7 mégatonnes, 130 fois Hiroshima) des 210 essais effectués par la France en 36 ans pour mettre au point sa force de frappe nucléaire: de «Gerboise bleue» à Reggane (Sahara) le 13 février 1960, à «Xouthos», tout dernier test sous l’atoll de Fangataufa, le 27 janvier 1996. Ce premier essai thermonucléaire constituait le douzième essai nucléaire dans le Pacifique depuis l’ouverture du Centre d’expérimentation dans le Pacifique (CEP) et de ses deux sites de Mururoa et Fangataufa. De juillet 1966 à janvier 1996, sur ces «atolls de l’atome», furent réalisés 193 essais, atmosphériques puis souterrains, y compris les essais de sécurité, avant leur arrêt définitif décidé par le président Jacques Chirac. M. Chirac avait annoncé simultanément, le 13 juin 1995, l’ultime campagne d’essais (six, du 5 septembre 1995 au 27 janvier 1996) et la signature par la France du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (CTBT). Le 24 août 1968, l’engin, d’une passe de trois tonnes, avait été placé dans une nacelle sous un ballon captif et avait explosé à six cents mètres au-dessus de Fangataufa. Un film en couleurs, réalisé par le service cinématographique des armées, montre les préparatifs quelques heures avant l’heure H, la lueur de l’explosion et le champignon s’élevant dans le ciel du Pacifique. Aussitôt après l’explosion, des avions Mirage III et Vautour décollaient pour lancer dans le nuage atomique de 15 kilomètres d’épaisseur, des missiles munis de têtes pour opérer des prélèvements. Le même jour à Paris, un communiqué laconique du ministère des Armées annonçait l’essai: «L’explosion d’un engin thermonucléaire de forte puissance a eu lieu aujourd’hui, au centre d’expérimentation du Pacifique. Ce tir a été effectué au-dessus du lagon de Fangataufa à 18h30 GMT». Quelques instants plus tard, le général de Gaulle déclarait: «C’est un magnifique succès scientifique, technique et industriel remporté, pour l’indépendance et la sécurité de la France, par une élite de ses enfants». (AFP)
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