Une organisation au nom islamique jusqu’ici inconnue a revendiqué les attentats dans deux appels téléphoniques anonymes aux médias à Dubaï et au Caire et des communiqués envoyés à Radio France Internationale (RFI). Le journal séoudien «al-Hayat» rapporte à la «une» que son bureau du Caire a reçu dès vendredi un appel téléphonique anonyme revendiquant les deux attentats au nom de «l’Armée islamique pour la libération des lieux saints musulmans», jusqu’ici inconnue. A Dubaï (Emirats arabes unis), un interlocuteur anonyme a appelé une agence de presse internationale déclarant: «Les deux opérations contre les États-Unis ont été menées par l’Armée islamique pour la libération des lieux saints musulmans». L’inconnu, qui parlait avec l’accent égyptien et semblait appeler de l’étranger, a ajouté: «L’une a été menée par un fils de La Mecque et l’autre par un fils d’Égypte». Un communiqué de la même organisation, reçu par RFI, a revendiqué l’attentat de Nairobi sous le titre d’«opération de la sainte Kaaba» (La Mecque), précisant qu’elle avait été menée par deux hommes, originaires de La Mecque, appartenant à un groupe appelé «Martyr Khaled Sayyed de la divine phalange de la libération de la sainte Kaaba». L’attentat de Dar es Salaam a été revendiqué dans un autre communiqué à RFT sous le titre «opération mosquée al-Aqsa», troisième lieu saint de l’islam, à Jérusalem. Le texte a précisé qu’il a été exécuté par un ressortissant égyptien, appartenant au groupe du «martyr Abdallah Azzaoui». L’organisation a affirmé, dans les deux communiqués, sa «détermination à chasser les forces américaines (de pays musulmans) et à frapper les intérêts américains jusqu’à la réalisation» des revendications suivantes: • Evacuation par les forces américaines et occidentales des pays musulmans en général, et de l’Arabie Séoudite en particulier • Levée du blocus naval de l’Arabie Séoudite et retrait des flottes étrangères des eaux territoriales des pays musulmans • Libération de savants et de jeunes musulmans qui se trouvent emprisonnés aux États-Unis, en Israël, en Arabie Séoudite, et notamment cheikh Omar Abdel Rahman, cheikh Salman Aouda et cheikh Safar Hawali, ainsi que de leurs frères. • Arrêt de l’usurpation et du pillage des richesses des musulmans et notamment la richesse pétrolière. • Arrêt de tout soutien américain à Israël. Dans un troisième communiqué, également reçu par RFI, l’organisation a affirmé être formée de «jeunes moudjahidin originaires de tous les pays saints, notamment en Arabie séoudite où les bases américaines sont installées près de la Kaaba et de la mosquée du prophète» (Mahomet). Ce communiqué proteste également contre «la non-application de la loi islamique, la «charia», dont les pays musulmans». Démenti des taliban A Kaboul, la milice fondamentaliste afghane des taliban a déclaré que le milliardaire séoudien en exil en Afghanistan Oussama Ben Laden n’avait rien à voir avec les deux attentats. Le porte-parole des taliban Abdul Hai Mutmaent a déclaré que toute suggestion visant à établir l’implication de Ben Laden relevait d’une propagande sans fondement ayant pour but de diffamer l’«invité» de la milice religieuse. «Il n’a pas la capacité ou la permission de conduire de telles actions, a déclaré le porte-parole. Toute suggestion faisant état du contraire est de la fausse propagande des ennemis d’Oussama et de l’émirat islamique d’Afghanistan». «Oussama est un invité de l’émirat islamique. Nous ne pouvons l’extrader nulle part», a expliqué le responsable. Il a soutenu que les taliban avaient assuré les autorités séoudiennes que Ben Laden n’utiliserait pas les région contrôlées par la milice pour mener des activités subversives. Il a révélé qu’un accord avait été récemment signé entre les taliban et le chef du renseignement séoudien, qui s’était rendu dans leur fief de Kandahar (sud) pour évoquer ce problème. Il a toutefois ajouté que les taliban n’avaient pas donné de telles assurances aux autorités américaines. Ben Laden, qui est issu d’une richissime famille de promoteurs séoudiens originaires du Yémen, est accusé d’être mêlé aux deux attentats qui avaient tué 24 militaires américains en 1995-96 en Arabie Séoudite. Ben Laden vit à Kandahar et, selon des responsables taliban, il jouit de relations privilégiées avec le chef suprême des taliban, le mollah Mohammad Omar. Les taliban ont rejeté plusieurs demandes d’extradition concernant Ben Laden, 41 ans, recherché par l’Arabie Séoudite et les Etats-Unis qui l’accusent aussi d’avoir financé des mouvements terroristes internationaux. Déchu de sa nationalité par Ryad, il nie toutes les accusations lancées contre lui. Ben Laden est, entre autres, accusé d’avoir financé une tentative d’assassinat du président égyptien Hosni Moubarak en 1995 et de favoriser des actions contre les intérêts américains dans le monde. Des sources américaines de renseignement au Pakistan accusent Ben Laden de financer des camps d’entraînement de terroristes islamistes dans l’est de l’Afghanistan. Des Arabes impliqués Selon le journal kenyan «Daily Nation», au moins trois personnes d’origine arabe sont impliquées dans l’attentat. Le journal cite Ochieng Okwach, un employé du ministère des Ressources naturelles qui raconte qu’il s’approchait, en compagnie de son patron, de l’immeuble qui abrite sa direction lorsqu’ils ont été pris dans un embouteillage au rond-point situé devant l’ambassade des États-Unis. «J’ai vu une camionnette jaune, couverte, qui approchait de l’immeuble, Gateway House, venant de la Cooperative Bank. Elle allait droit vers le parking situé entre l’ambassade américaine et Gateway House, quand elle s’est mise à reculer, avec son coffre arrière ouvert, vers l’ambassade», raconte Okwach au journal. «Deux Arabes armés ont sauté avant que le véhicule ait fini de reculer. Un des deux hommes est revenu en courant dans la camionnette pendant que le second arrosait de balles l’immeuble de l’ambassade», a ajouté Okwach, dont les vêtements ont été tachés de sang. Selon Ochieng’ Okwach, le conducteur, également d’origine arabe, n’est pas sorti de la camionnette lorsque l’explosion s’est produite alors que le second homme armé faisait toujours feu sur l’ambassade. Les deux hommes ainsi que le conducteur ont été immédiatement tués par l’explosion, a-t-il ajouté. (AFP)
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