Les cours du pétrole se sont rapprochés mardi des niveaux historiquement les plus bas sur le marché de Londres, pris dans la tourmente asiatique qui, en affaiblissant davantage la demande, relègue au second plan les efforts de l’OPEP pour réduire l’offre mondiale de brut. Dans l’après-midi sur l’International Petroleum Exchange (IPE) de Londres, le baril de Brent (pétrole de référence de la mer du Nord) se traitait à 11,86 dollars contre 11,95 dollars en ouverture et 11,91 dollars en clôture la veille, s’approchant ainsi des niveaux les plus faibles jamais enregistrés sur l’IPE, où le Brent est coté depuis juin 1988. Le niveau historiquement le plus bas avait été 11,30 dollars en cours de séance, le 6 octobre 1988, et 11,35 dollars le même jour en clôture. «Le véritable problème est que nous sommes dans une période de demande extrêmement faible en raison de l’impact de la crise asiatique», a estimé Lawrence Eagles, analyste du secteur pour la maison de courtage GNI, à Londres. Les rumeurs de dévaluation du yuan, qui persistent depuis plusieurs jours sur les marchés des changes, ont fini par atteindre le marché du pétrole et les opérateurs redoutent de plus en plus le déclenchement d’une autre crise économique, cette fois-ci en Chine, qui viendrait alimenter celle qui touche actuellement toute l’Asie. «Ce qui signifierait une consommation encore plus faible», a relevé l’expert. Or, sous le poids de la crise et de devises dépréciées, la région asiatique entière a déjà énormément réduit sa demande de carburants, forçant les compagnies pétrolières et les pays concernés à accroître sans cesse leurs réserves. Fin juin, les stocks pétroliers dans les pays industrialisés ont atteint le chiffre record de 2,8 milliards de barils, selon le rapport mensuel de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et les experts de l’AIE estiment que les stocks ne pourront être ramenés à un niveau normal avant 1999 au plus tôt. Face à une situation fondamentale dégradée, les engagements de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) pour réduire leur offre mondiale semblent à présent dérisoires aux yeux des investisseurs. Pire, ces derniers sont désormais sceptiques quant à la réelle volonté du cartel de réduire sa production, alors que plusieurs de ses membres font preuve d’une indiscipline structurelle et dépassent allègrement leurs quotas de production pour ravir des parts de marché. «Selon deux sociétés d’analystes, l’OPEP respecterait ses engagements de réduction de sa production à hauteur de moins de 66% seulement», a indiqué Peter Gignoux, directeur du département pétrolier de la maison de courtage Salomon Smith Barney, à Londres. Depuis mars, l’OPEP s’est engagée à réduire sa production globale de 2,6 millions de barils par jour pour ramener ses exportations à 26 mbj. Or, selon l’AIE, l’organisation a baissé sa production à 27,81 millions de barils/jour (mbj) seulement en juillet contre 28,17 mbj en juin. «Ce n’est pas véritablement l’échec de l’OPEP», tempère Lawrence Eagles. Pour l’analyste, le cartel fait figure de bouc émissaire car il a relevé ses quotas de production de 10% en novembre dernier à 27,5 mbj, puis a tardé à réagir à la chute des cours, ne décidant une réduction de ses exportations qu’en mars. «C’est vrai, ils ont mis du temps à réagir, mais la crise asiatique était déjà là et personne ne pouvait prédire sa durée ou son impact», a-t-il déclaré. «Les producteurs, compagnies et pays, OPEP et hors OPEP, pourraient décider d’une réaction commune au cours des semaines à venir car c’est tout le marché qui est concerné, plus seulement le cartel. Mais cela va prendre plusieurs semaines», a-t-il ajouté. (AFP)
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