Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

Par ici, les éléphants (photo)

En moins de deux décennies, le Burkina Faso, pays sahélien, a presque doublé sa population d’éléphants, devenue le plus important cheptel de ce type en Afrique de l’Ouest et principal attrait touristique du pays. Le Burkina compte actuellement 3.500 têtes contre moins de 2.000 il y a vingt ans. «Quatre-vingts pour cent des touristes étrangers cherchent à voir un éléphant», explique Koalo Konaté, responsable de l’exploitation à la direction de la faune et de la flore du Burkina. Le braconnage du dernier des pachydermes battait encore son plein dans les années 1980, où même les femelles étaient traquées. «La reproduction n’était pas bonne. Les éléphants avaient peur, ils se cachaient, avec une conséquence négative sur l’activité touristique», note Bertrand Chadonnet, conseiller technique à la direction de la faune et la flore. D’ailleurs, lors des troubles sociaux au Togo, au début des années 90, les éléphants qui aiment le calme ont eux aussi quitté le pays pour se réfugier au Burkina, assure-t-il. Contrairement à sa voisine la Côte d’Ivoire, pour laquelle l’éléphant représente pourtant un symbole national, le Burkina a développé une politique rigoureuse de protection de son cheptel. Bonne santé «Le Burkina a compris très tôt l’importance de la protection de l’éléphant et n’a pas attendu les mesures internationales d’interdiction de commerce de l’ivoire», a souligné M. Konaté. Dix ans avant ces mesures, une loi interdisait dès 1979, dans l’ancienne Haute-Volta, de chasser l’hippopotame, le crocodile et l’éléphant. Les agents des eaux et forêts sillonnaient les aires de faune, disposant d’indicateurs dans les villages qui les alertaient aux moindres menaces sur l’éléphant. Les prédateurs étaient immédiatement arrêtés et encouraient de fortes peines d’emprisonnement. L’interdiction du commerce international de l’ivoire a donné un «gros coup de main» à la protection. «Tuer un éléphant représentait d’énormes risques pour les villageois d’autant que l’ivoire pour lequel il est chassé n’était plus commercialisable», indique M. Chadonnet. L’application stricte de ces mesures et leur suivi ont favorisé la croissance du cheptel, à un rythme de 7%, soit 200 éléphants par an. «C’est le signe d’une population en bonne santé. Ils n’ont plus peur et sont facilement visibles dans les parcs», indique l’expert. Le voyageur qui emprunte l’axe Ouagadougou-Bobo-Dioulasso peut surprendre à certaines heures au niveau de Boromo (150 km au sud-ouest de la capitale) une horde d’éléphants traversant la route. Deux grandes plaques signalent d’ailleurs aux automobilistes «Attention passages d’éléphants». Risque de concurrence La douzaine de forêts classées et de parcs qui abritent les éléphants s’étendent sur près de 1,7 million d’hectares, soit 6 à 10% de la superficie totale du pays, essentiellement dans l’est, la région la plus giboyeuse. Cette zone, où se trouvent également de nombreuses terres cultivables, risque cependant de se transformer en champ de bataille. «Il y a un risque. Deux cents éléphants de plus chaque année, il faut les loger, alors qu’au Burkina, les paysans sont à la recherche de terres et risquent d’entrer en concurrence directe avec l’éléphant», prévient M. Chadonnet. La gourmandise du pachyderme pourrait être le détonateur du conflit, car un éléphant de trois tonnes peut consommer 200 kilos de nourriture par jour. «Ils viennent jusqu’au village piller nos greniers», s’indigne Issa Lougué, un paysan de la région de Boromo. Le ministère burkinabé de l’Action sociale a dû pévoir à son budget 200 millions de F CFA (2 millions de FF – environ 350.000 dollars) par an pour dédommager les paysans victimes des razzias éléphantines. Leurs déplacements pour s’alimenter sont eux aussi cause de dégâts. L’Agence française de développement (AFD) va financer à hauteur de 1,5 milliard de F CFA (15 millions de FF – presque 3 millions de dollars), un projet d’aménagement de pistes et de points d’eau, pour éviter les catastrophes survenues en mars et avril, lors de la période de sécheresse. «La situation était désolante, plusieurs dizaines de squelettes d’animaux ont été trouvés dans les parcs. Pris par la soif, des animaux se sont embourbés dans les points d’eau desséchés», a rappelé M. Konaté. (AFP)
En moins de deux décennies, le Burkina Faso, pays sahélien, a presque doublé sa population d’éléphants, devenue le plus important cheptel de ce type en Afrique de l’Ouest et principal attrait touristique du pays. Le Burkina compte actuellement 3.500 têtes contre moins de 2.000 il y a vingt ans. «Quatre-vingts pour cent des touristes étrangers cherchent à voir un éléphant», explique Koalo Konaté, responsable de l’exploitation à la direction de la faune et de la flore du Burkina. Le braconnage du dernier des pachydermes battait encore son plein dans les années 1980, où même les femelles étaient traquées. «La reproduction n’était pas bonne. Les éléphants avaient peur, ils se cachaient, avec une conséquence négative sur l’activité touristique», note Bertrand Chadonnet, conseiller technique à la...