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Actualités - Reportage

Les migrants, nouveaux esclaves des temps modernes

Les migrants, «réservoir de main-d’œuvre corvéable à merci et boucs émissaires bien commodes en temps de crise», sont devenus «les esclaves de la mondialisation», déplore la CISL dans un rapport. Selon cette étude de la Confédération internationale des syndicats libres, intitulée «Migrations et mondialisation: les nouveaux esclaves», le nombre d’immigrés légaux est estimé dans le monde à 100 millions de personnes (travailleurs et leurs familles), et l’immense majorité se déplace entre pays du Sud, les migrations au sein du seul continent africain concernant plus de 40 millions de personnes. Le principal danger qui guette ces migrants est le trafic illégal de main-d’œuvre, que la CISL juge «en expansion». «Ce trafic implique chaque année plus de 6 millions d’individus souvent grugés et exploités par des individus sans scrupules qui n’hésitent pas à exiger des sommes colossales pour passer une frontière en quête d’un travail qui se révélera fictif la plupart du temps», estime le syndicat. «Faute de visa et de moyens financiers, le recours à ces ‘négriers des temps modernes’ reste inévitable pour beaucoup de candidats migrants», s’alarme la CISL. Les tarifs révélés dans le rapport donnent une idée de l’ampleur de l’escroquerie dont ceux-ci sont victimes: 3.000 dollars pour aller des Philippines au Koweït, de 4 à 6.000 dollars du Bangladesh à l’Allemagne et «jusqu’à 25.000 dollars pour voyager en fond de cale de Chine aux Etats-Unis». Au total, les mafias du trafic illégal de main-d’œuvre accumuleraient, selon les estimations avancées, des revenus annuels de l’ordre de 7 milliards de dollars. Cauchemar La CISL s’inquiète notamment du nombre croissant de femmes parmi ces migrants. Par exemple au Sri Lanka, où près de 500.000 femmes ont émigré au Moyen-Orient, ou aux Philippines, où les femmes sont douze fois plus nombreuses que les hommes à émigrer pour un emploi. Si l’ONU a bien adopté en 1990 une «Convention sur les travailleurs migrants et leurs familles», la CISL déplore qu’elle ne soit toujours pas appliquée aujourd’hui: seuls 8 pays l’ont officiellement ratifiée alors qu’il en faudrait 20 pour que la Convention ait force de droit. En l’absence de protection juridique, le voyage de ces migrants tourne alors souvent «au cauchemar», estime le rapport. «Absence de protection légale, infraction au contrat d’emploi, confiscation du passeport ou servitudes pour dettes», tels sont quelques-uns des problèmes rencontrés, sans même compter les souffrances psychologiques liées au déracinement. Parmi les rares satisfactions, «cette migration est une source importante de devises fortes pour les pays d’origine, malgré la fuite des cerveaux qu’elle occasionne». A titre d’exemple, l’argent renvoyé au Salvador par les émigrés est aujourd’hui la première source de devises du pays, avant l’exportation de café. Pour les pays d’accueil enfin, la présence de ces migrants est «une aubaine», estime la CISL, tordant le cou à l’argument selon lequel ces derniers y seraient responsables de la hausse du chômage. Selon le rapport, en Allemagne, ou même une partie de la classe politique a relayé cette explication simpliste, «le renvoi des immigrés provoquerait des pertes d’emploi en nombre supérieur aux gains de postes que les nationaux pouvaient attendre, notamment parce que les migrants consomment (même peu), se logent et se soignent (même mal) et envoient leurs enfants à l’école». (AFP - Reuters)
Les migrants, «réservoir de main-d’œuvre corvéable à merci et boucs émissaires bien commodes en temps de crise», sont devenus «les esclaves de la mondialisation», déplore la CISL dans un rapport. Selon cette étude de la Confédération internationale des syndicats libres, intitulée «Migrations et mondialisation: les nouveaux esclaves», le nombre d’immigrés légaux est estimé dans le monde à 100 millions de personnes (travailleurs et leurs familles), et l’immense majorité se déplace entre pays du Sud, les migrations au sein du seul continent africain concernant plus de 40 millions de personnes. Le principal danger qui guette ces migrants est le trafic illégal de main-d’œuvre, que la CISL juge «en expansion». «Ce trafic implique chaque année plus de 6 millions d’individus souvent grugés et exploités...