Routes détruites par les pluies, vieillissement du matériel, corruption; le port de Mombasa, au bord de l’asphyxie, peine à remplir son rôle de principale voie de transit des marchandises à destination des pays des Grands Lacs. Chaque jour, des dizaines de camions tentent de se frayer un chemin parmi des piles de containers accumulés sur les quais, provoquant des bouchons à l’intérieur même de l’enceinte du port de l’Océan indien. Relié à l’intérieur du continent par la route et par le rail, le port de Mombasa, surnommé la porte maritime de l’Afrique de l’Est, demeure le principal accès par la mer pour les biens importés et exportés par la région des Grands Lacs, principalement par l’Ouganda. Il constitue ainsi une source importante de revenus pour le Kenya. Récemment, le magazine «Lloyd’s list», spécialisé dans les transports maritimes, a tiré la sonnette d’alarme. Les conditions de travail des compagnies sont les pires jamais connues à Mombasa, estimait la revue. Les délais ont considérablement augmenté, qu’il s’agisse de l’accostage des navires, du déchargement ou des formalités administratives et douanières, explique Michael Smewing, représentant de l’entreprise française Delmas. Au vieillissement du matériel, à la paperasserie et à la faible productivité du personnel, se sont ajoutées cet automne et cet hiver les intempéries, imputées au phénomène climatique El Nino. Les pluies diluviennes sur l’Afrique de l’Est ont endommagé la voie ferrée et la route reliant Mombasa à l’Ouganda via Nairobi. Les camions, qui reliaient auparavant Nairobi en un jour, ont besoin d’une semaine au moins, indique une compagnie de transports. De plus, pour éviter de détruire davantage la route, par laquelle transitent près de 70% des importations arrivant à Mombasa, le gouvernement a limité à 20 tonnes le chargement maximal autorisé. «Ceci a eu un grave impact négatif sur l’enlèvement des marchandises arrivées dans le port», explique la Kenya Ports Authority (KPA), entreprise para-étatique gérant le port de Mombasa. Autre conséquence de El Nino, Mombasa a recueilli une partie du trafic passant habituellement par les pays voisins, en particulier la Tanzanie, dont le réseau routier et ferré a beaucoup souffert des pluies. Le volume de marchandises reçues à Mombasa a donc augmenté, avec des importations massives de céréales et d’engrais, pour faire face aux destructions des récoltes par la pluie, et l’arrivée de secours pour la région des Grands Lacs. Au même moment, des travaux de rénovation sur les quais du terminal des containers ont ralenti le déchargement des navires: environ 5.000 containers attendent dans le terminal prévu à cet effet. Les navires qui arrivent au port doivent attendre entre 3 et 10 jours avant de pouvoir accoster, selon M. Smewing. La productivité à Mombasa est quatre fois moindre qu’à Dar-es-Salaam, ajoute-t-il. «Tôt ou tard, les compagnies devront répercuter sur leurs tarifs les surcoûts provoqués par ces retards». Le ministre ougandais du Commerce et de l’Industrie, Abed Rwendeire, s’est rendu sur place, pour protester contre les retards et a annoncé l’ouverture prochaine d’un consulat à Mombasa. En 1997, 10% des 8,4 millions de tonnes de marchandises passées par le port étaient des importations ou des exportations ougandaises, selon KPA. Mombasa accueille également une partie du trafic pour le Rwanda, l’est du Zaïre, le sud du Soudan et le nord de la Tanzanie, ainsi que le Burundi avant l’embargo contre ce pays. (AFP)
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