Les procès des parents et les hauts cris des écrivains n’y auront rien fait: aujourd’hui samedi, le 1er août, la très contestée réforme de l’orthographe allemande entre en vigueur, faisant passer à la trappe des subtilités de la langue de Goethe, au grand dam de la plupart des habitants. L’Allemagne se réveillera ce samedi amputée de la plupart de ses «eszett» fétiches, ces sortes de B majuscule prononcés comme deux «s», dont l’usage sera désormais exceptionnel. Simplifiée et rationalisée, la nouvelle graphie comptera désormais 112 règles au lieu de 212. Après des années d’âpres négociations et de bataille juridique, la réforme, adoptée en juillet 1996 par huit pays germanophones ou à minorités germanophones (Allemagne, Autriche, Suisse, Italie, Belgique, Liechtenstein, Roumanie et Hongrie), fera d’abord son entrée dans les écoles et la plupart des administrations du pays. La population aura, elle, jusqu’à la fin juillet 2005 pour se mettre au diapason de la modernité. La Cour constitutionnelle a finalement donné son feu vert en juillet à cette réforme, la première depuis 1901. Elle a ainsi fait fi des réticences de plus de 80% des Allemands, selon les derniers sondages, balayant les moult pétitions de récalcitrants, les prises de position critiques de certains ministres et des décisions de justice contradictoires. L’ultime espoir des détracteurs de la réforme est le Schleswig-Holstein (nord): les habitants de ce Land (Etat régional) iront aux urnes en septembre pour consentir ou non à appliquer la réforme, une pétition ayant recueilli suffisamment de signatures pour permettre l’organisation d’un référendum. Partout ailleurs, les citoyens goûteront dès le 1er août au «ketschup» et à la «Schicoree», germanisés d’un «s» comme tous les mots d’origine anglaise comprenant «ch». Ils mangeront désormais des «Karamell» avec deux «Il», des «spagettis» sans «h» et s’arrêteront au panneau «Stopp» doté d’un second «p». En définitive, la réforme n’écorne que 185 des 12.000 mots du «vocabulaire de base» et ramène notamment de 57 à 9 règles le difficile art de placer les virgules. La «Katastrofe» a ainsi été évitée, qui continuera à s’écrire «Katastrophe», tout comme «Philosophie» ne deviendra pas «Filosofie». Code à l’école Dans les classes où l’on apprend à lire, les nouvelles règles sont appliquées depuis la rentrée 1996. «Dans notre école, nous avons adopté un code: on corrige en rouge les fautes qui en sont vraiment et l’on écrit en vert l’autre orthographe possible du mot», explique Gisela Krah, 55 ans, institutrice à Hildesheim (nord). Elle juge la réforme «logique à 65%, même si la modification des termes étrangers paraît bizarre. Les nouvelles règles facilitent en tout cas considérablement la tâche aux enfants». Le débat est en effet loin d’être clos. Emmenés par Guenter Grass et Siegfried Lenz, une centaine de grandes plumes allemandes campent sur leur «non» à la réforme depuis l’automne 1996, la jugeant absurde et dénonçant son coût prohibitif eu égard aux changements minimes qu’elle entraîne. L’Institut Goethe, chargé de promouvoir l’allemand à l’étranger, avait pour sa part crié au «sabotage». Les médias sont, quant à eux, partagés. Les agences de presse attendent la décision du Schleswig-Holstein pour modifier leurs habitudes scripturales, mais en tout état de cause pas avant l’été 1999. Pour sa part, le prestigieux hebdomadaire «Der Spiegel», qui avait brandi très tôt le flambeau de la révolte, entend boycotter la réforme, comme les grandes maisons d’édition. Reste que 42% des Allemands avouent tout ignorer ou «presque» tout ignorer des nouvelles règles. Cela viendra. La nouvelle orthographe est en route, je ne vois pas comment on pourrait faire machine arrière. Et que le Schleswig-Holstein s’isole serait une folie», estime Mme Krah. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les procès des parents et les hauts cris des écrivains n’y auront rien fait: aujourd’hui samedi, le 1er août, la très contestée réforme de l’orthographe allemande entre en vigueur, faisant passer à la trappe des subtilités de la langue de Goethe, au grand dam de la plupart des habitants. L’Allemagne se réveillera ce samedi amputée de la plupart de ses «eszett» fétiches, ces sortes de B majuscule prononcés comme deux «s», dont l’usage sera désormais exceptionnel. Simplifiée et rationalisée, la nouvelle graphie comptera désormais 112 règles au lieu de 212. Après des années d’âpres négociations et de bataille juridique, la réforme, adoptée en juillet 1996 par huit pays germanophones ou à minorités germanophones (Allemagne, Autriche, Suisse, Italie, Belgique, Liechtenstein, Roumanie et Hongrie), fera...