Deux personnes ont été tuées et dix-huit autres blessées dans l’explosion, vendredi matin, d’un colis piégé dans un marché d’Alger, ont annoncé les services de sécurité dans un communiqué cité par la radio. Des témoins sur place ont fait état de trois morts: un enfant et deux hommes âgés. L’engin a explosé aux environs de 9h au marché de la cité Jolie-Vue, près de Kouba (banlieue sud d’Alger), selon le communiqué. Il était placé sous l’étalage d’un marchand de légumes, près d’un pylône électrique qui a été endommagé. Sur un rayon de 20 à 30 mètres, les personnes qui s’affairaient au marché ont été jetées à terre par le souffle de l’explosion, selon les mêmes témoignages. C’est le second attentat à l’explosif en moins de vingt-quatre heures à Alger où séjourne une mission d’information de l’ONU. Jeudi après-midi, une personne a été tuée et treize autres blessées par l’explosion d’un colis piégé déposé dans un taxi-bus du quartier populaire de Baraki où, vingt-quatre heures plus tôt, deux membres du Groupe islamique armé (GIA) avaient été tués par les services de sécurité. Selon la presse, ils préparaient de nouveaux attentats dans la capitale, sur ordre du chef du mouvement, Antar Zouabri. Ces attentats coïncident avec la visite de la mission d’information de l’ONU, dirigée par l’ancien président portugais Mario Soares, qui séjourne depuis une semaine en Algérie. Jeudi, ses membres se sont rendus à Tlemcen (extrême-ouest), principale ville d’une région théâtre de nombreuses violences et d’opérations massives de l’armée contre le GIA. La mission s’est rendue dans un village reculé, théâtre, samedi dernier, d’un nouveau massacre qui avait fait 12 morts, dont six enfants, et deux blessés. «J’ai essayé de sauver mon bébé de six mois en le jetant par la fenêtre. Mais des terroristes qui se trouvaient à l’extérieur l’ont égorgé, raconte Ahmed Kassam. Ils ont tué mon vieux père et enlevé ma femme et mes deux sœurs». Les survivants ont expliqué à la délégation que les islamistes avaient incendié trois maisons du village de Sidi Khlil, dans la province de Tlemcen, à 440 kilomètres à l’ouest d’Alger et à une dizaine de kilomètres de la frontière marocaine. Les islamistes ont aussi enlevé deux autres femmes, ont-ils dit. Abdoullah Taoualdi raconte comment il a dû fuir sa maison incendiée par un cocktail molotov, sans pouvoir sauver sa femme et ses trois enfants qui s’y trouvaient. «J’ai fui. J’avais trop peur. Mes trois enfants — deux filles et un garçon — ont été brûlés vifs. Ma femme aussi a été prise dans les flammes, elle est sortie en criant, mais ils l’ont égorgée», dit-il. Blessé dans l’attaque, Kassam, membre d’une milice de défense, précise qu’il a tué un des rebelles dont les camarades ont emporté le corps. Un officier explique que les militaires ont tenté de pourchasser les agresseurs qui ont disparu dans la montagne. Relief difficile «La région est vaste, 680 kilomètres carrés d’un terrain très montagneux avec beaucoup de crêtes et des vallées profondes. Il est extrêmement difficile de traquer ces individus parce que la tactique des terroristes est de se rassembler pour une attaque et de se disperser ensuite», selon ce militaire. «Mais quand est arrivée l’armée?», interrompt Simone Veil, ancienne présidente du Parlement européen. «A minuit quinze», répond l’officier. Les survivants ont précisé que l’attaque avait débuté samedi à 23h50. «Les agresseurs ont fui à l’arrivée de l’armée sur les lieux. Sinon il y aurait eu plus de morts», confirme un vieil homme qui préfère garder l’anonymat. Des militants des droits de l’homme, en Algérie et à l’étranger, ont reproché à l’armée de ne pas arriver suffisamment vite lors d’attaques de rebelles. «Les assaillants avaient-ils déjà eu des contacts avec les villageois avant? Ont-ils jamais demandé de l’aide?», interroge un autre membre de la délégation, l’ancien premier ministre jordanien Abdel Karim Kabariti, répétant une question qu’il a posée auparavant aux survivants. «Un de leurs objectifs est de s’emparer d’armes et de munitions», répond l’officier. Il ajoute que les autorités ont armé 38 hommes de Sidi Khlil, un village de 300 habitants, pour leur permettre de se défendre. Cette visite était la troisième effectuée sur le terrain par la délégation, arrivée il y a neuf jours. La mission a multiplié les entretiens avec des responsables gouvernementaux, des responsables de la sécurité, des dirigeants de l’opposition, des militants des droits de l’homme, des directeurs de journaux, des parlementaires et des diplomates. (AFP, Reuters)
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