Baroudeur invétéré, grand reporter, Lucien Bodard avait connu la Chine, l’Indochine et couvert tous les grands conflits de la planète. Il avait pris sa retraite de journaliste en 1975 pour devenir écrivain à temps plein. Avec sa gouaille et sa gueule de mandarin pachyderme, Lucien Bodard, fils de diplomate, marqué par son enfance en Chine, se décrivait ainsi: «Je suis Lulu le Chinois. J’ai les yeux bridés, des lueurs jaunes dans le regard, un visage qui s’efforce à l’indifférence aimable, à la dignité, à la fois inaltérable au mensonge, de la politesse où l’on ne dit jamais non». De la Chine, il confiait encore: «J’ai vendu de la Chine à la tonne. Je ne me suis jamais guéri de ma naissance et de mon éducation». La Chine «cruelle» de son enfance est omniprésente dans son œuvre. Né en 1914 dans Tchoung-King au «bout du monde», où il a vécu une partie de sa vie, il a écrit «Monsieur le Consul» (prix Interallié, 1973), inspiré de son père Albert. Et ses derniers ouvrages «Les Grandes murailles» (1987), «Les Dix mille marches» (1991) parlent encore de la Chine, revisitée lors d’un pèlerinage aux sources de son enfance. Ecrivain outrancier, baroque et jovial, Lucien Bodard a été un grand journaliste pendant trente ans. Un métier où il entra à la Libération avec pour ambition de «frapper l’imagination du lecteur». Grand reporter à France-Soir, il couvre la guerre d’Indochine, qu’il narrera plus tard dans une fresque monumentale en cinq tomes. Après, il sera sur tous les fronts, de l’Algérie à l’Irlande. A chaque fois, Bodard dit sa vérité et prend parti. «Le Massacre des Indiens» (1969) est pour lui l’occasion d’un violent réquisitoire contre leur génocide au Brésil. A l’âge de 60 ans, il prend sa «retraite dans la littérature» et entame une seconde brillante carrière. Ses romans, écrits dans un maelström d’adjectifs, de descriptions et de digressions, sont de la même veine que ses articles. «Monsieur le Consul», son premier roman, est suivi d’«Anne-Marie», portrait de sa mère exécrée et adorée, qui lui vaudra le Goncourt en 1981. Amateur de gros cigares et de whisky, «Lulu» était un personnage de légende. Pour lui, la vie était «un roman-feuilleton». (AFP)
Baroudeur invétéré, grand reporter, Lucien Bodard avait connu la Chine, l’Indochine et couvert tous les grands conflits de la planète. Il avait pris sa retraite de journaliste en 1975 pour devenir écrivain à temps plein. Avec sa gouaille et sa gueule de mandarin pachyderme, Lucien Bodard, fils de diplomate, marqué par son enfance en Chine, se décrivait ainsi: «Je suis Lulu le Chinois. J’ai les yeux bridés, des lueurs jaunes dans le regard, un visage qui s’efforce à l’indifférence aimable, à la dignité, à la fois inaltérable au mensonge, de la politesse où l’on ne dit jamais non». De la Chine, il confiait encore: «J’ai vendu de la Chine à la tonne. Je ne me suis jamais guéri de ma naissance et de mon éducation». La Chine «cruelle» de son enfance est omniprésente dans son œuvre. Né en 1914 dans...
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