La crise entre l’Irak et l’ONU a révélé l’ampleur des divergences entre les Etats-Unis et les pays du Golfe, opposés à l’usage de la force et dont l’opinion publique est de plus en plus anti-américaine. «Le sentiment anti-américain n’est pas nouveau dans la région, mais sept ans après la guerre du Golfe, les gens commencent à réaliser que le chien de garde est pire que le loup et que les Américains sont pires que Saddam Hussein», estime Hassan Alkim, directeur du département des sciences politiques de l’université des Emirats arabes unis. «Ils réalisent que la politique américaine dans la région n’est pas équilibrée, et commencent en outre à sentir que ce n’est pas Saddam Hussein ou le régime irakien qui est visé, mais l’Irak en tant que pays et en tant que peuple», explique-t-il. A l’exception du Koweit, qui a soutenu jusqu’au bout la position américaine, les autres pays du Golfe, pourtant alliés des Etats-Unis, ont rejeté l’usage de la force contre l’Irak. L’Arabie Séoudite et Bahrein ont refusé de permettre l’usage de leurs bases par les forces américaines dans le cas d’une frappe éventuelle. «La crise a montré qu’il y avait des réserves de l’Arabie Séoudite sur la position des Etats-Unis appelant à l’usage de la force et que les Séoudiens avaient des sentiments de sympathie pour le peuple irakien», estime un diplomate occidental en poste à Ryad. Selon un sondage réalisé au cours des derniers jours par le quotidien séoudien «al-Charq al-Awsat», 90,5% des personnes interrogées ont déclaré être opposées à une frappe contre l’Irak, et 69% ont déclaré être solidaires du peuple irakien. Le journal bahreini «Akhbar al-Khaleej» a publié des entretiens avec un grand nombre de Bahreinis de toutes professions. «Ils se sont affirmés à l’unanimité opposés à une frappe contre l’Irak même si les efforts diplomatiques échouaient» à résoudre la crise sur le désarmement, a souligné le journal. «Dans le Golfe, l’homme de la rue sent que les Etats-Unis suivent une politique de «deux poids, deux mesures»: Israël n’a pas à se conformer aux résolutions internationales, alors que l’Irak doit les appliquer», explique Obeid Sultan, rédacteur en chef du journal officieux émirati «al-Ittihad». Il reconnaît que l’opinion publique «n’a pas directement influencé la position des dirigeants du Golfe, mais ils l’ont certainement prise en considération». Les Emirats ont envoyé la semaine dernière, pour la première fois, un avion chargé de 80 tonnes d’aide humanitaire à l’Irak. Mardi, l’épouse du président émirati, cheikh Zayed Ben Sultan al-Nahyane, a décidé de mettre en place un plan de collecte d’aide à l’Irak, alors que le prince héritier de l’émirat de Dubaï, cheikh Mohammad Ben Rached al-Maktoum, annonçait la formation d’un autre comité chargé de collecter des dons. Un comité populaire qatariote avait déjà envoyé, il y a une dizaine de jours, un avion chargé d’aide humanitaire à l’Irak et fait circuler une pétition appelant à la levée de l’embargo. La pétition a recueilli selon ses membres 75.000 signatures, un chiffre énorme par rapport à la population du Qatar qui est de moins d’un demi-million de personnes. «Les gens du Golfe compatissent avec les souffrances de leurs frères en Irak, et si l’Irak a occupé un autre pays il y a sept ans, la situation a changé aujourd’hui», souligne M. Ali al-Hail, membre de ce comité. Le ministre qatariote des Affaires étrangères, cheikh Hamad Ben Jassem Ben Jabr al-Thani, s’est même rendu à Bagdad la semaine dernière pour contribuer aux efforts de solution de la crise avec l’ONU sur le désarmement, s’attirant les foudres du Koweït qui a qualifié son voyage d’«initiative individuelle». Même à Oman, où la presse fait rarement des commentaires, le journal «al-Watan» prévenait mardi les Etats-Unis: «S’ils veulent réellement être l’unique superpuissance, ils doivent traiter la nation arabe, où ils ont de nombreux alliés, en défenseurs d’une juste cause et non en quantité négligeable à laquelle on s’adresse juste pour demander un appui». (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La crise entre l’Irak et l’ONU a révélé l’ampleur des divergences entre les Etats-Unis et les pays du Golfe, opposés à l’usage de la force et dont l’opinion publique est de plus en plus anti-américaine. «Le sentiment anti-américain n’est pas nouveau dans la région, mais sept ans après la guerre du Golfe, les gens commencent à réaliser que le chien de garde est pire que le loup et que les Américains sont pires que Saddam Hussein», estime Hassan Alkim, directeur du département des sciences politiques de l’université des Emirats arabes unis. «Ils réalisent que la politique américaine dans la région n’est pas équilibrée, et commencent en outre à sentir que ce n’est pas Saddam Hussein ou le régime irakien qui est visé, mais l’Irak en tant que pays et en tant que peuple», explique-t-il. A...