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Actualités - Chronologie

Bosnie : Brcko veut un arbitrage international définitif

S’il est un axe d’unanimité à Brcko (nord-est de la Bosnie) dont les ruines sont autant de monuments à la haine et à l’épuration ethniques, c’est l’exigence que l’arbitrage international ne soit pas une nouvelle fois reporté. A l’hôtel de ville où les nouveaux maîtres serbes ont été forcés d’entrouvrir la porte aux musulmans, comme dans les banlieues dévastées où survivent des milliers de réfugiés des deux communautés, on attend du juge Roberts Owen qu’il donne le 15 mars à Vienne un statut définitif à la ville. «Serbes et musulmans sont d’accord pour refuser que la décision soit encore repoussée», souligne le directeur d’une organisation internationale qui ne veut pas être nommé, «et nous aussi: les gens ont assez attendu, ce n’est pas juste, et cela retarde d’autant des investissements urgents». «Reporter la décision, ce serait prolonger notre agonie», confirme en termes plus simples Anica Konjo, qui vit la grande misère quotidienne des réfugiés dans les débris de sa maison. Le décor: une ville de 40.000 habitants dans le nord-est de la Bosnie, sur la rivière Save à la frontière de la Croatie, conquise par l’armée serbe bosniaque en 1992, vidée par la force de ses habitants majoritaires musulmans et croates, scènes de massacres de civils et de violents combats dont témoignent les banlieues en ruines. L’enjeu: une commission d’arbitrage, qui avait provisoirement accepté l’an dernier le statu quo de l’occupation serbe mais placé la ville sous contrôle international, doit rendre un arrêt le 15 mars. Elle tranchera, ou ne tranchera pas, entre les Serbes qui exigent de garder la ville, indispensable à la continuité territoriale de leur Republika Srpska, et la Fédération croato-musulmane, qui demande justice et le départ de l’agresseur. Enisa Hamidovic, à la tête de l’association Brcko Brcacima — Brcko aux citoyens de Brcko —, défend les droits des 30.000 réfugiés musulmans et croates. Longue attente Dans son quartier général de Rahic, à une dizaine de kilomètres au sud de la zone serbe, elle explique: «Nous voulons le retour sans condition de tous les réfugiés, le droit à l’éducation, à la santé, tous les éléments d’une vie normale. Il n’y aura aucun droit pour les musulmans à Brcko tant que les lois serbes y seront appliquées». Les musulmans ne préconisent pas d’épuration ethnique à rebours, promet Mme Hamidovic: «Nous sommes prêts à vivre avec tous ceux qui n’ont pas de sang sur les mains, tous ceux qui vivaient là avant la guerre. Il serait stupide de condamner tous les Serbes pour ce qui est arrivé». Elle ajoute: «Si la décision annoncée à Vienne n’est pas bonne, nous ne pourrons l’accepter, nous ne saurons plus quoi dire aux gens. Ils ont attendu si longtemps, six ans». «Nous sommes tous fatigués, je ne suis pas sûre que nous pourrons contrôler les gens et les empêcher de revenir de force à Brcko s’ils le veulent», souligne encore Mme Hamidovic. Stari Rasadnik est l’une des banlieues de Brcko où les réfugiés musulmans se hasardent à revenir, dans un paysage de maisons, usines, boutiques détruites, routes défoncées, canalisations et lignes électriques arrachées. On voit pourtant réapparaître des toits de tuiles neuves, des maçons colmatent les brèches dans les murs de briques, des bâches plastiques où des couvertures sont tendues sur les huisseries béantes: l’ONU a enregistré à ce jour le retour de 742 familles, 3.000 personnes environ. Ferida Dryo mène là une vie précaire, dans les deux seules pièces de sa maison qu’elle a pu remettre en état, avec un maigre cocktail d’aide internationale (Haut commissariat de l’ONU aux réfugiés, organisations charitables séoudiennes et italiennes): 20 kilos de farine par mois, quelques conserves, des poulets et des moutons — qu’elle n’a pas de quoi nourrir. (AFP)
S’il est un axe d’unanimité à Brcko (nord-est de la Bosnie) dont les ruines sont autant de monuments à la haine et à l’épuration ethniques, c’est l’exigence que l’arbitrage international ne soit pas une nouvelle fois reporté. A l’hôtel de ville où les nouveaux maîtres serbes ont été forcés d’entrouvrir la porte aux musulmans, comme dans les banlieues dévastées où survivent des milliers de réfugiés des deux communautés, on attend du juge Roberts Owen qu’il donne le 15 mars à Vienne un statut définitif à la ville. «Serbes et musulmans sont d’accord pour refuser que la décision soit encore repoussée», souligne le directeur d’une organisation internationale qui ne veut pas être nommé, «et nous aussi: les gens ont assez attendu, ce n’est pas juste, et cela retarde d’autant des...