Selon de solides pro-syriens en contact permanent avec Damas, un signal clair a été donné pour une ouverture en direction de tous les courants de la rue chrétienne, pour en dissiper l’amer climat de désappointement. Et pour corriger un tant soit peu les déséquilibres entre communautés au niveau de la participation au pouvoir ou de son partage. Cette orientation positive, qui s’inscrit sans doute dans la perspective de présidentielles où il faudra nécessairement tenir compte des maronites, se reflète à travers les indices suivants: — Les pressantes recommandations faites aux différentes parties politiques de former dans la mesure du possible des listes de coalition aux municipales préservant les droits des chrétiens à une représentation équitable dans les agglomérations où ils sont minoritaires. Approche qui permettrait également de promouvoir le brassage, la fusion, la coexistence interactive et l’unité nationale. Dès lors on note que les pôles d’influence, notamment dans les grandes villes, ont entamé des contacts préparatoires entre eux pour mettre sur pied des listes d’entente. — La spectaculaire offensive «main tendue» de M. Walid Joumblatt, qui n’est pas spécialement réputé pour ses sympathies à l’égard de l’Est, à tel point que l’été dernier encore il évoquait la possibilité d’une reprise de la guerre. Ce leader de dimension nationale a pris comme on sait l’initiative de se rendre lui-même auprès des différents leaderships de l’Est aussi ancienne ou forte que soit l’hostilité qui pouvait l’en séparer jusque-là. Il est très peu probable qu’un tel rapprochement puisse se faire sans la bénédiction de Damas; et d’ailleurs les joumblattistes ont dès le premier jour indiqué avoir informé la capitale syrienne de leur programme de détente. L’objectif en est double: faciliter les municipales en montagne et dynamiser le processus de retour des réfugiés. En tranquillisant par la réconciliation politique avec l’Est, les déplacés des villages où il y a eu des tueries pendant la guerre; et en conjuguant les pressions druzo-chrétiennes pour obtenir de l’Etat, trop parcimonieux, les fonds nécessaires pour le retour. Ce mouvement d’entente commençant par la montagne, épine dorsale du pays, peut faire tâche d’huile ailleurs, tout en corrigeant sinon en gommant les césures et les déséquilibres démoconfessionnels engendrés par la guerre. Du reste, tout le monde ou presque, est aujourd’hui d’accord pour estimer, avec le recul du temps, que les événements de la montagne ont été provoqués dans les années quatre- vingt par Israël qui a voulu, avant de se retirer, dresser les chrétiens et les mahométans les uns contre les autres, les séparer par un mur de sang pour faire éclater une entité libanaise que l’invasion n’avait pu abattre. — D’une manière moins fondamentale, plus ponctuelle mais aussi plus pressante, l’échéance des présidentielles impose par elle-même le dialogue, répétons-le. Les Libanais, et notamment les chrétiens soumis au stress politico-social, espèrent que le prochain président pourra redresser la barre, remettre les pendules à l’heure et initier une ère de participation générale tant au pouvoir qu’à la vie publique. Un choix qui ne devrait donc pas constituer un défi pour l’Est, sans quoi les déséquilibres encore accentués pourraient provoquer de forts remous intérieurs que nul ne peut souhaiter au moment où se joue le sort de toute la région… Dès lors, selon les mêmes sources pro-syriennes, Damas voudrait que le prochain président de la République libanaise soit largement plébiscité, ce qui déboucherait sur une normalisation des relations syro-chrétiennes sur des bases de confiance mutuelle qui n’auraient plus besoin d’être protégées par une présence massive de troupes, après un éventuel retrait israélien. Dès lors l’accession aux commandes ne serait plus conditionnée par un pareil facteur et ce ne serait plus parce que tel ou tel a les faveurs de Damas qu’il pourrait prétendre automatiquement à une place au soleil du pouvoir local. Assez étonnamment, ce sont aujourd’hui ces sources pro-syriennes qui soulignent que même d’Etat à Etat, ce n’est pas un rapport de forces mais l’intérêt commun issu d’une même identité géo-historique qui doit régir les relations bilatérales dans un climat de confiance réciproque. — Ce qui permettrait de corriger peu à peu les déviations, les dérives concernant l’application des accords de Taëf qui du reste, comme l’expérience l’a amplement montré dans plus d’un domaine, ont besoin de sérieuses retouches pour qu’on arrive à instituer vraiment au Liban un Etat des institutions. E.K.
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