Grands connaisseurs du système des deux poids deux mesures, qu’ils pratiquent eux-mêmes avec un art consommé, les dirigeants libanais, s’alignant sur l’ensemble du camp arabe (Koweït excepté) s’indignent qu’on veuille frapper l’Irak alors que pas la moindre petite sanction n’est prise à l’encontre de l’ennemi israélien, premier responsable pourtant du blocage régional au niveau du processus de paix. A Beyrouth, où comme dans toutes les capitales arabes de la région défilent les émissaires, arabes et autres, on est évidemment entièrement accaparé par la crise irakienne. L’inquiétude que suscite l’éventualité d’une frappe U.S. est ici très forte car ce pays, qui reste le maillon faible de la chaîne, risque plus qu’un autre de pâtir de la dégradation qui s’en suivrait au plan régional. L’impression générale est que la frappe américaine, déjà décidée, est inéluctable quelles que soient les concessions que Bagdad accepterait de faire pour l’éviter. A partir de ce point, qui fait pratiquement l’unanimité, les avis se divisent: certains pensent que les Etats-Unis sont déterminés à balayer Saddam Hussein pour le remplacer par un régime qui leur serait acquis; d’autres pensent qu’il s’agira uniquement d’une frappe aéronavale visant les sites d’armes de destruction totale. Puis l’unanimité se refait pour estimer que dans les deux cas il y aurait des remous aux conséquences incalculables dans la région. Sur le plan officiel, les autorités locales répètent que Saddam doit certes se conformer aux résolutions internationales mais que l’ONU doit aussi veiller à se faire respecter par Israël. Un Israël qui défie impunément la légalité internationale, en ce qui concerne le Liban même, depuis vingt ans, en refusant de se retirer du Sud et de la Békaa-Ouest malgré la résolution numéro 425. Beyrouth ne peut s’empêcher de rappeler aux Etats-Unis qu’étant eux-mêmes les auteurs de cette résolution, ils devraient se soucier de la faire exécuter avant de songer à sévir contre l’Irak qui n’a du reste pas le culot de refuser de reconnaître les résolutions qui le concernent mais tente de les contourner. Ceci sans compter que non content de continuer à occuper le Sud et la Békaa-Ouest, Israël y fait régner la terreur par des bombardements presque quotidiens, occasionnant de grands exodes comme en 93 ou en 96, et lance régulièrement des raids aériens ou des commandos héliportés à l’intérieur. Des agressions qui font l’objet de plaintes libanaises, souvent suivies de condamnations onusiennes qui restent tout à fait théoriques, à cause notamment du veto que les Etats-Unis menacent d’utiliser si on devait prendre des sanctions contre son protégé israélien. Cette position de fond, les dirigeants locaux l’ont rappelée aux émissaires qui ont défilé ces derniers temps, par acquit de conscience en quelque sorte, car nul n’est venu, on s’en doute, pour entendre parler du cas libanais… Les délégations ou les personnalités étrangères et arabes n’ont donc pas eu du mal à opiner, en considérant qu’elles-mêmes passent par Beyrouth, pour le protocole en somme, car la décision ou la politique étrangère est ailleurs. Les Arabes ont quand même eu l’air un peu plus intéressé que les autres, car cet argument des deux poids deux mesures ils l’utilisent eux-mêmes pour expliquer pourquoi cette fois ils sont hostiles à une opération militaire dirigée contre l’Irak. A cette nuance près qu’en général ils traitent de leurs propres droits spoliés, et s’ils font mention d’une cause arabe en tant que telle, c’est surtout des Palestiniens qu’ils veulent parler. Sur le plan intérieur, une fois encore Damas répète ses conseils de retenue, soulignant que l’heure n’est pas du tout aux querelles domestiques, qu’il faut resserrer les rangs et laisser de côté les zizanies ou les problèmes litigieux. Les Syriens soulignent qu’ils n’ont pas du tout le temps d’arbitrer des conflits interlibanais et qu’ils doivent faire attention pour deux à ce qui se passe dans la région. C’est ce message que le président Rafic Hariri s’est chargé de transmettre aux différentes parties concernées et il a été apparemment assez bien entendu. Ainsi le bloc du Hezbollah mais aussi le bloc d’opposition taëfiste dit Rencontre nationale (Hussein Husseini, Sélim Hoss, Omar Karamé, Boutros Harb, Mohammed Youssef Beydoun, Nassib Lahoud) indiquent qu’ils renoncent à intenter un recours en Conseil constitutionnel contre la loi des finances 1998. Les six députés de la Rencontre précisent toutefois qu’ils préparent une série d’amendements pour faire corriger le budget… Ph.A-A.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Grands connaisseurs du système des deux poids deux mesures, qu’ils pratiquent eux-mêmes avec un art consommé, les dirigeants libanais, s’alignant sur l’ensemble du camp arabe (Koweït excepté) s’indignent qu’on veuille frapper l’Irak alors que pas la moindre petite sanction n’est prise à l’encontre de l’ennemi israélien, premier responsable pourtant du blocage régional au niveau du processus de paix. A Beyrouth, où comme dans toutes les capitales arabes de la région défilent les émissaires, arabes et autres, on est évidemment entièrement accaparé par la crise irakienne. L’inquiétude que suscite l’éventualité d’une frappe U.S. est ici très forte car ce pays, qui reste le maillon faible de la chaîne, risque plus qu’un autre de pâtir de la dégradation qui s’en suivrait au plan régional....