Les Tziganes de Roumanie vivaient mieux sous le régime communiste de Nicolae Ceausescu et depuis 1990 les conditions de vie de cette communauté se sont dramatiquement détériorées, estiment des chercheurs roumains et des responsables d’organisations humanitaires. «Nous avons observé par notre travail sur le terrain avec cette communauté la plus défavorisée de Roumanie, que de nombreux Tziganes regrettent le régime communiste», déclare Patrick de Briey, chef de mission de Médecins sans frontières (MSF). Sans papiers, non scolarisés, souffrant de malnutrition dans leurs bidonvilles, sans assistances médicales et sanitaires, la plus importante communauté tzigane en Europe (près d’un million de personnes selon les ONG et 410.000 selon le dernier recensement en 1992 par auto-proclamation) vit dans un dénuement quasi total et a été le premier groupe social roumain frappé de plein fouet par la crise économique. Selon une enquête sociologique approfondie menée par MSF, l’UNICEF et la délégation de la Communauté européenne, associée à des chercheurs de l’université de Cluj (centre-ouest), depuis 1990 on constate «un accroissement des tensions entre la population Rom et le reste de la population». Selon cette étude, pour la population roumaine les Roms sont des «menteurs sales et paresseux», «de violents délinquants», «ne sont pas perfectibles», mais «unis» entre eux et «aimant leur famille». «A l’époque communiste nous étions contraints à la sédentarisation, mais nous avions des maisons, des terrains, des soins et nos enfants allaient à l’école, comme les autres», explique Martin H., un Tzigane de Bucarest. «Et surtout le racisme anti-tzigane a atteint ces dernières années des proportions alarmantes, les Roumains n’hésitent plus à nous humilier en public», poursuit-il. Des stéréotypes relayés par la presse Très ouvertement, de nombreux Roumains recommandent aux étrangers de ne pas employer de personnel tzigane. Les expressions populaires, «un Tzigane sera toujours un Tzigane» ou «être sale comme un Tzigane» se passent d’explications et le mot mafia est souvent associé à celui de Tzigane. Seules leurs qualités de musiciens et de danseurs sont reconnues par 80% des Roumains. Ces stéréotypes sont largement diffusés quotidiennement par certains journaux roumains. «La presse roumaine mentionne systématiquement l’origine ethnique lorsqu’un Tzigane est impliqué dans un fait divers ou un acte criminel. C’est une véritable discrimination à leur égard», affirme M. de Briey. Selon de nombreux quotidiens, les Tziganes sont également «les principaux responsables de l’image négative de la Roumanie à l’étranger».(AFP)
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