Le marché des métaux précieux de Londres était suspendu jeudi aux actes d’un des gourous de la finance américaine, Warren Buffett qui, assis sur une montagne d’argent physique de plus de 4.000 tonnes, a fait grimper les prix à des niveaux records. Berkshire Hathaway, la société d’investissement dirigée par le spéculateur, a révélé en début de semaine détenir 129,7 millions d’onces d’argent, acheté entre le 25 juillet 1997 et le 12 janvier 1998 exclusivement sur le London Bullion Market. Par comparaison, les réserves du marché new-yorkais des métaux précieux, le Comex, contiennent 103 millions d’onces. Après plusieurs mois de rumeurs de manipulation des cours, cette nouvelle a fait bondir les échanges d’argent sur les marchés, et le métal a été propulsé à son plus haut niveau en dix ans à Londres, soit environ 7,50 dollars l’once. «Monsieur Buffett est presque un dieu en termes d’investissements et il est parfaitement logique que les investisseurs et autres spéculateurs le suivent», a indiqué Andy Smith, expert sur le marché des métaux précieux pour l’Union des Banques Suisses (UBS) à Londres. Deuxième homme le plus riche des Etats-Unis selon le magazine Forbes, Warren Buffett est célèbre pour ses investissements judicieux, parfois à contre-courant des idées dominantes à Wall Street. A titre d’exemple, 100 dollars d’actions de Berkshire Hathaway il y a vingt ans valent désormais 39.000 dollars. «Sa réputation est tellement bonne qu’il peut créer des tendances car les gens pensent qu’il sait quelque chose, que s’il investit dans tel ou tel secteur, c’est qu’il a une bonne raison», explique le spécialiste. Les investisseurs cherchent à anticiper désormais le prochain mouvement de Warren Buffett et les échanges sont extrêmement nerveux, notent des courtiers. Buffett a le choix entre le prêt à d’autres investisseurs, la livraison à des industriels ou la liquidation de ses actifs en métal blanc. «Il a attrapé un éléphant par la queue et sa position est très dangereuse dans un tel marché», estime l’expert. Warren Buffet détient actuellement près de 4.000 tonnes d’argent, soit l’équivalent d’une année d’importations de métal en Inde, le premier consommateur au monde. Avec un volume des échanges de seulement 2,3 milliards de dollars en décembre 1997, contre 12,6 milliards de dollars pour l’or, le marché londonien de l’argent est très restreint et pourrait mal digérer des mouvements trop amples comme la vente massive des actifs de Buffett, suggèrent les courtiers. Selon la majorité des analystes, le prochain seuil psychologique est situé entre 7,50 et 8 dollars, niveau auquel le spéculateur américain peut prétendre prendre ses bénéfices en vendant. «Les gros poissons suivront alors à leur tour et vendront, laissant les petits investisseurs se brûler les doigts», estime Tony Warwick-Ching, analyste pour la maison de courtage Fleming Global Mining. Toutefois, toujours par son seul nom, Warren Buffett est capable de créer une seconde, voire une troisième vague d’achats sur les marchés londonien et américain, jugent les experts. «C’est la psychologie du marché à l’américaine, un truc quasi-religieux. Buffett fait quelque chose, tout le monde le fait», souligne Andy Smith. Quoi qu’il en soit, Berkshire Hathaway, qui possède déjà environ 20% de l’offre d’or estimée en 1997, a publié un communiqué précisant qu’elle n’a actuellement pas l’intention de vendre l’argent récemment acheté ou d’acquérir de nouvelles quantités. La valeur de l’argent détenu, (827,5 millions de dollars mardi soir, 914,5 millions de dollars mercredi à 12h20 GMT) représente moins de 2% de la valeur totale du portefeuille d’investissements de Berkshire Hathaway. Tout l’argent a été acheté par l’intermédiaire d’un seul courtier sur la place de Londres et Berkshire affirme ne pas connaître les positions des autres intervenants sur ce marché, indique la société d’investissement. Un investisseur canadien avait porté plainte la semaine dernière, contre la maison de courtage américaine Phibro, filiale du groupe Travelers, l’accusant d’avoir resserré artificiellement l’offre d’argent sur le marché. Phibro avait démenti ces accusations. Berkshire a souligné que ses achats d’argent auraient normalement dû être révélés lors de la présentation de son rapport annuel en mars mais qu’elle a décidé de les rendre publics maintenant en raison des récents mouvements de prix sur le marché mondial et des demandes d’informations sur ses avoirs de ce métal. Warren Buffet souligne avoir effectué ses premiers achats d’argent il y a trente ans et suivre depuis l’évolution de ce marché. «Ces dernières années, des rapports de notoriété publique ont souligné une baisse très sensible des réserves d’argent en raison d’un excès de la demande sur la production minière et les stocks et MM. Buffet et Manger, vice-président de Berkshire, ont conclu que l’équilibre entre l’offre et la demande serait vraisemblanlement maintenu par un prix plus élevé», affirme le communiqué. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le marché des métaux précieux de Londres était suspendu jeudi aux actes d’un des gourous de la finance américaine, Warren Buffett qui, assis sur une montagne d’argent physique de plus de 4.000 tonnes, a fait grimper les prix à des niveaux records. Berkshire Hathaway, la société d’investissement dirigée par le spéculateur, a révélé en début de semaine détenir 129,7 millions d’onces d’argent, acheté entre le 25 juillet 1997 et le 12 janvier 1998 exclusivement sur le London Bullion Market. Par comparaison, les réserves du marché new-yorkais des métaux précieux, le Comex, contiennent 103 millions d’onces. Après plusieurs mois de rumeurs de manipulation des cours, cette nouvelle a fait bondir les échanges d’argent sur les marchés, et le métal a été propulsé à son plus haut niveau en dix ans à...