Ce scandale «est parfait pour un monologue parce qu’il s’agit de sexe et de pouvoir et que personne ne se fait tuer», a déclaré au «Los Angeles Times» Jay Leno, animateur vedette d’un talk show de fin de soirée sur la chaîne de télévision NBC. «Il ne s’agit pas de la Bosnie, il s’agit de quelque chose dont tout le monde aime discuter», dit-il. Vendredi dernier, Jay Leno a consacré vingt-deux de ses vingt-cinq plaisanteries à Bill Clinton et Monica Lewinsky, l’ancienne stagiaire de la Maison-Blanche avec laquelle le président américain dément avoir eu «des relations sexuelles». Ce démenti ne semble pas avoir convaincu Jay Leno, selon qui «la situation est tellement sérieuse que la police de Washington distribue des brochures aux alentours de la Maison-Blanche pour avertir le public qu’un délinquant sexuel habite dans le quartier». Un chansonnier, Darren Carter, a baptisé le scandale «Masturgate». Pour d’autres, c’est le «Fornigate» ou le «Zippergate» (zipper signifie braguette). Comme les journalistes, les comiques font le rapprochement avec le scandale du Watergate qui avait entraîné la démission du président Richard Nixon. Mais Conan O’Brien qui a lui aussi une émission sur NBC relève une différence: «Cette fois, nous connaissons l’identité de Gorge Profonde». (Les journalistes du «Washington Post» avaient ainsi surnommé leur informateur, qui est demeuré à ce jour non identifié et «Deep Throat» est le titre d’un film pornographique célèbre avec Linda Lovelace comme vedette). David Letterman, qui officie sur la chaîne CBS, imagine la photographie officielle du président Bill Clinton entouré des stagiaires avec lesquelles il a eu des aventures. Sur HBO, Dennis Miller rajoute une nouvelle étape dans la visite touristique de la Maison-Blanche: «Un aperçu du pénis» présidentiel. Sur le réseau Internet, un site est consacré à «la plaisanterie du jour sur Bill Clinton». On y apprend notamment que l’instrument préféré du président est le «sex-a-phone». Tous les occupants de la Maison-Blanche font l’objet de plaisanteries, y compris la «Première Dame» des Etats-Unis et le vice-président. Jay Leno pense que Hillary Clinton ne va pas rester inactive: «Aujourd’hui, elle a engagé sa propre stagiaire à la Maison-Blanche, Lorena Bobbitt», une jeune femme qui, il y a quelques années, avait coupé le penis de son époux. Les mésaventures présidentielles ont aussi suscité une variation sur la formule célèbre selon laquelle les vice-présidents sont à un battement de cœur de la présidence. Al Gore, lui, n’en est éloigné que d’«un orgasme». Harry Shearer, qui a une émission satirique dominicale sur une station de radio de Los Angeles, veut espérer que les rumeurs concernant Bill Clinton se révéleront inexactes. Et il voit une ironie dans le fait que sa présidence «ait été menée au bord du désastre par la seule femme avec laquelle il n’ait pas couché». Obsédé sexuel? Ce qui était encore il y a quelques années le jardin privé des tabloïds a fait son chemin dans la presse généraliste, avec des détails que plus d’un parent voudrait épargner à de jeunes enfants. Bill Clinton n’a pas, dit-il, eu de relations sexuelles avec Monica Lewinsky. La jeune femme parle d’une vingtaine de fellations. Dans les shows de l’après-midi, à l’heure où les petits Américains s’installent devant la télévision, l’heure est à l’examen clinique, dictionnaire à la main: la fellation est-elle une relation sexuelle? Clinton pourrait-il construire sa défense sur cette subtile et douteuse distinction? «Oral sex» devient «oval sex» (en référence au bureau ovale) et chacun y va de sa plaisanterie. Hillary Clinton a écrit un livre intitulé. «Il faut un village pour élever un enfant», cela ne suffit pas, ironise Jay Leno. Il faut probablement également «un village pour surveiller son mari». La Bible est même appelée à la rescousse, un ancien policier de l’Arkansas ayant affirmé au magazine conservateur «American Spectator» que Clinton lui aurait dit y avoir appris que la fellation n’était pas de l’adultère. «Mauvaise nouvelle» pour le président, répond cette semaine l’hebdomadaire «Time», après avoir apparemment épluché l’Ancien et le Nouveau Testament. Ce dernier réprouverait les simples regards lubriques, assimilés à un semi-adultère. «C’est effrayant», estime Suzanna Walters, sociologue de l’Université de Georgetown, à Washington. «C’est parce que nous sommes un pays puritain. Notre refus de considérer honnêtement et ouvertement la sexualité nous conduit à en parler de manière obsessionnelle», ajoute-t-elle, en dénonçant l’habillage moral donné au scandale. «Les gens, ajoute-t-elle, le perçoivent comme du harcèlement sexuel» de la part du président, «un signe de son immoralité», alors que si les faits sont prouvés, il s’agissait d’une relation consensuelle entre deux adultes. «Nous ne parlons pas de moralité quand il s’agit d’une possible attaque sur l’Irak», ajoute-t-elle. Ajoutant sa part à ce grand déballage sexuel, l’agence de presse PR News, spécialisée dans les communiqués d’entreprise, se fait le plus sérieusement du monde l’écho d’un médecin, Andrew Weil, se présentant comme «l’autorité du pays en matière de médecine intégrée». Son communiqué conseillait au président Clinton un diagnostic en six questions, pouvant déterminer si oui ou non le président américain est un obsédé sexuel.q Les mésaventures politico-sexuelles du président Bill Clinton font les délices des chansonniers américains tant dans les cabarets que sur les écrans des télévisions où les plaisanteries salaces n’ont probablement jamais été aussi nombreuses.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Ce scandale «est parfait pour un monologue parce qu’il s’agit de sexe et de pouvoir et que personne ne se fait tuer», a déclaré au «Los Angeles Times» Jay Leno, animateur vedette d’un talk show de fin de soirée sur la chaîne de télévision NBC. «Il ne s’agit pas de la Bosnie, il s’agit de quelque chose dont tout le monde aime discuter», dit-il. Vendredi dernier, Jay Leno a consacré vingt-deux de ses vingt-cinq plaisanteries à Bill Clinton et Monica Lewinsky, l’ancienne stagiaire de la Maison-Blanche avec laquelle le président américain dément avoir eu «des relations sexuelles». Ce démenti ne semble pas avoir convaincu Jay Leno, selon qui «la situation est tellement sérieuse que la police de Washington distribue des brochures aux alentours de la Maison-Blanche pour avertir le public qu’un délinquant...